1640 — Fondation du couvent
En 1640, les sœurs de l’Ordre de la Visitation de Sainte‑Marie s’installent sur les bords de la Saône et fondent le couvent Sainte-Marie-des-Chaînes. La première messe y est célébrée le 29 septembre 1640 par une dizaine de religieuses.
Les Visitandines, sœurs de l’ordre de la Visitation fondé par François de Sales et Jeanne de Chantal, s’installent alors dans un petit cloître au bord du quai, à l’emplacement de l’actuel restaurant des Les Subsistances.
Nommé évêque de Genève alors que la ville est passée à la Réforme protestante, François de Sales réside à Annecy, où se trouve le siège de l’évêché. Il y développe une importante œuvre spirituelle qui inspire durablement l’ordre de la Visitation.
Après sa mort en 1622, les communautés de visitandines se développent rapidement. Les religieuses s’installent d’abord à Annecy, puis à Lyon, où plusieurs couvents sont successivement fondés (notamment à Bellecour puis à l’Antiquaille), avant l’implantation du couvent Sainte-Marie-des-Chaînes sur les quais de Saône.
Le couvent connaît rapidement une période de prospérité et peut accueillir jusqu’à une soixantaine de religieuses, souvent issues de familles lyonnaises aisées. Les sœurs disposent de vastes terrains alentours qu’elles louent ou exploitent : la culture de la vigne et des vergers contribue largement à l’autonomie économique de la communauté.
1689 — Une supérieure déterminante
En 1689, la mort de Louise-Catherine Verrat, supérieure du couvent, marque la disparition d’une figure importante de la communauté. Son action a été déterminante dans le développement et le rayonnement du couvent.
1700 — Un projet ambitieux et la faillite du couvent
Au tournant du XVIIIᵉ siècle, le couvent Sainte-Marie-des-Chaînes connaît de graves difficultés financières. Malgré cette situation fragile, la mère supérieure entreprend la construction d’un nouveau couvent beaucoup plus vaste.
Le projet se révèle cependant catastrophique : un premier bâtiment, presque achevé, s’effondre. Un second chantier est lancé, mais il reste inachevé. Seul le claustral, dont une partie subsiste aujourd’hui, est finalement construit.
À peine un quart du projet initial est réalisé, mais les dépenses engagées plongent la communauté dans la faillite. L’État propose alors un arrangement : en échange d’une rente viagère, les religieuses s’engagent à abandonner le couvent lorsque leur nombre descendra sous un certain seuil.
1712 — La crue de la Saône
En 1712, une importante crue de la Saône inonde le quai. La nouvelle construction, plus élevée et légèrement éloignée du fleuve, protège les religieuses et se révèle précieuse face aux inondations.
1731 — L’achèvement partiel du claustral
En 1731, une terrasse et un étage supplémentaire comprenant douze cellules sont ajoutés au claustral.
Outre les chambres des religieuses, le bâtiment comprend plusieurs espaces essentiels à la vie monastique : le réfectoire, avec son châssis et son plafond d’origine constitué de voûtes sur croisée d’ogives, ainsi que la cuisine. Le réfectoire sert aujourd’hui de lieu d’exposition, notamment en raison de son acoustique très réverbérante.
L’escalier Louis XIV témoigne de l’ampleur du projet architectural imaginé par la mère supérieure, bien plus vaste que ce qui sera finalement construit. Huit cellules sont d’abord aménagées côté est, le long d’une galerie couverte surmontée d’une terrasse.
Afin de rentabiliser l’espace et face à l’impossibilité d’achever le projet initial, une seconde série de chambres est ensuite construite au-dessus de cette galerie. Le plafond, qui semble se retourner, témoigne de la préparation de travaux qui ne seront finalement jamais réalisés. Les nuances de gris visibles dans le bâtiment correspondent encore aujourd’hui aux couleurs traditionnelles de l’habit des visitandines.
Le passage menant aujourd’hui vers les ateliers était autrefois un corridor d’entrée reliant le réfectoire à la cuisine.
La fin du couvent et le départ des religieuses
Au XVIIIᵉ siècle, la communauté des visitandines s’affaiblit progressivement. En 1753, le couvent Sainte-Marie-des-Chaînes est rattaché au couvent de Bellecour, le premier monastère de la Visitation à Lyon. La communauté devient plus petite et les bâtiments restent en partie inachevés.
La véritable rupture intervient pendant la Révolution française. Comme beaucoup d’institutions religieuses, le couvent est supprimé lorsque les biens du clergé sont nationalisés. Les religieuses sont expulsées en 1791 et doivent quitter définitivement les lieux.
Les bâtiments deviennent alors propriété nationale. La chapelle et une partie du cloître primitif sont détruites, tandis que les autres constructions sont réutilisées et transformées.