Nicolas Fraiseau

Instable

Cirque / Théâtre

Plongée dans l’organique, celle d’une figure qui par tous les moyens tente de s’élever. On peut évoquer les grands comiques comme la plus intense exigence du risque qu’impose le cirque.

« Cette thématique de l’instabilité est venue d’un rêve, celui d’accrocher un mât sur une ligne presque invisible qui était un fil de fer, du coup ça impliquait peu de tension pour tenir le mât, et un mât qui serait susceptible de changer. On a une conception du mât chinois bien tenu avec des sangles, 100 kg sur chaque sangle pour le plaquer au sol, et moi je voulais créer juste une ligne qui le maintient davantage qu’il ne le pose.
Si cela parle d’instabilité, c’est aussi que moi-même, je n’ai jamais été posé, toujours entre trois chemins à jongler d’un pied sur l’autre, à aller d’un côté, et de penser déjà à la direction opposée… »

Nicolas Fraiseau

Idée originale et jeu : Nicolas Fraiseau
Mise en scène : Christophe Huysman
Regards extérieurs : Mads Rosebeck et Maël Tebibi
Création lumière : Eric Fassa
Création son : Robert Benz
Scénographie : Nicolas Fraiseau, Christophe Huysman en collaboration avec Sylvain Fertard
Costumes : Mélinda Mouslim
Constructions : Sylvain Fertard et Michel Tardif
Régie générale : Robert Benz
Administration/production : Christine Tiana

Production Les Hommes penchés,
avec l’aide de la SACD/dispositif Processus cirque,
avec le soutien de l’Espace Périphérique / Mairie de Paris – Parc de la Villette, de Latitude 50 – Pôle Arts du cirque et de la rue
accueil en résidence de création avec le soutien des Arènes de Nanterre – Lieu de fabrique,
accueil en résidence à Mimulus de Fresnay-en-Sarthe et à Cirk’Eole.

NICOLAS – Cette thématique de l’instabilité est venue d’un rêve, celui d’accrocher un mât sur une ligne presque invisible qui était un fil de fer, du coup ça impliquait peu de tension pour tenir le mât, et un mât qui serait susceptible de changer. On a une conception du mât chinois bien tenu avec des sangles, 100 kg sur chaque sangle pour le plaquer au sol, et moi je voulais créer juste une ligne qui le maintient davantage qu’il ne le pose.
Si cela parle d’instabilité, c’est aussi que moi-même, je n’ai jamais été posé, toujours entre trois chemins à jongler d’un pied sur l’autre, à aller d’un côté, et de penser déjà à la direction opposée. J’ai une certaine instabilité en moi qui se traduit dans cette pièce. Puis un jour, le mât est devenu plus instable que moi, le travail a inversé les rôles. Et avec un mât plus instable j’ai dû travailler pour trouver en moi une stabilité, un centre pour pouvoir jouir de l’instabilité qu’il m’offrait.

CHRISTOPHE – La rencontre entre Nicolas et moi a été simple, c’est le jour où j’ai assisté aux travaux personnels de fin d’année des élèves au Centre National des Arts du Cirque. Lorsque j’ai vu le geste qu’il réalisait de manière concise durant sa présentation au public, qu’on pouvait accéder à un geste d’une réelle liberté sous des airs désinvoltes, car il était avant tout d’une immense exigence. J’ai tout de suite vu et senti qu’il y avait une matière à expansion et qu’on pouvait en rêver un spectacle – par un autre rythme, une mise en scène des tempos, un travail sur les supports, etc. – il ne pouvait pas faire ça tout seul, il lui fallait intégrer une équipe pour y parvenir. D’autres artistes autour qui l’aident à construire cet impossible.

NICOLAS – Le travail initial m’a laissé le goût d’un état de grâce que j’ai toujours voulu retrouver. Cette saveur de la découverte de l’accident, et faire en sorte de s’organiser autour. Beaucoup reposait sur le hasard, et je n’avais pas encore les clefs pour réitérer les gestes, revivre une nouvelle fois cette découverte. C’était organique, une mémoire de sensations vives. Avec Christophe qui a vu ce noyau initial, on a pu construire, et développer avec toute une équipe, les chemins à traverser et revivre, de sorte à retrouver, prolonger et développer cette première sensation, cet état de départ. Ce binôme est resté comme le spectacle, très organique, comme le prolongement du geste initial. Le squelette du spectacle est la forme qui a vu le jour durant les échappées, mais il y a une grande différence entre le travail mené dans une école, et celui dans le monde artistique. Grâce à Christophe, j’ai pu en parler, et être accompagné, aussi bien pour la construction d’un dossier, la constitution d’une équipe et surtout la création. La compagnie les Hommes penchés, m’a accueilli et offert l’expérience, les regards, le ressenti d’autres personnes. On parle de compagnonnage, dispositif qui a toujours été présent dans l’histoire de la compagnie.

CHRISTOPHE – Il faut cette attention et ce partage pour amener un geste embryonnaire à la représentation, là où cela devient un spectacle, c’était le but. D’amener cet éclat que j’avais vu à un spectacle et de l’amener ensemble. Travailler l’instabilité ça semblait logique pour une compagnie comme Les Hommes penchés.

NICOLAS – Il y a une recherche, ce spectacle tend vers une fragilité et ce que je trouve passionnant, c’est de trouver le point où un homme vit et arrive à donner sa fragilité dans un espace. Il s’évertue à monter ce mât, il en fait son point de départ, son objectif, et comment dans toutes ses actions, ces accidents, toute cette vie qui se crée autour de lui, il arrive parfois à redescendre, à montrer ce point où il est démuni, un point énorme où il n’y a rien, laisser résonner tout ce qui se passe. Ce spectacle est un point de résonance pour moi. Une énergie phénoménale pour désigner le fondamental, le plus petit, le point de détail, des micro-focus qui respirent.

CHRISTOPHE – Il n’y a pas de personnage, c’est personne d’autre que Nicolas sur le plateau et c’est Nicolas qui est le messager d’une émotion à travers tout ce qui le traverse. A l’endroit où je suis à la mise en scène : être vigilant à ce que l’on reste sur le chemin désiré. J’ai toujours été vigilant à ce que Nicolas reste Nicolas quitte à le pousser hors de lui par moment pour qu’il comprenne à quel point ce doit être lui.
Il y a limite de ce qu’est un homme portant dans son corps la narration, une narration sans histoire qui représente l’incroyable condition humaine, une histoire dont on n’a ni le début ni la fin, c’est un moment au monde. Il y a un geste qui peut être drôle loufoque même, chaotique, réussi ou raté et il y a surtout cette exigence que j’aime par-dessus tout dans le cirque, construire l’ampleur par l’infime.
Il ne s’agit pas de raconter l’histoire ni d’une réflexion sur l’instabilité, c’est pourquoi ce spectacle n’a aucun mot articulé, il acte. C’est ainsi une forme qui déploie toute sa puissance où aucun mot n’est nécessaire.

NICOLAS – L’instantanément présent.

Nicolas Fraiseau

Mars 1995. Il est conçu au Guatemala, lors d’une promenade dominicale. Ce « petit contretemps » lui donne la vie. Elle commence en Italie, où il est faxé (du moins la nouvelle de son arrivée) à l’autre partie de son génome. De nouveau réunis, ses deux géniteurs commencent à mieux se connaître, défi difficile que de s’accorder à trois. C’est pour attirer l’attention de ses parents que Nicolas commence à jongler. De rencontres en rencontres, il aboutit à Châtellerault. Là-bas, il se confronte pour la première fois au mât chinois, d’abord en duo pendant deux années. Puis il décide de poursuivre seul, afin de développer son propre univers artistique, avant de le marier à d’autres. Il continue sa formation par la voie royale : l’École Nationale des Arts du Cirque du Rosny-sous-Bois (ENACR) et le Centre National des Arts du Cirque (CNAC) de Châlons-en-Champagne (28e promotion).

Le voilà après six ans de formation… bien formé ! Enclin à maîtriser son corps et à se confronter au risque, il avance, toujours dirigé par ses émotions et ses envies. Au départ, le mât chinois est pour lui un appui, un secours, une canne à laquelle s’accrocher et se raccrocher, et enfin virevolter. Depuis peu, ils tendent tous deux vers un équilibre / déséquilibre subi ou partagé. A la recherche d’une certaine liberté, pour mieux se détacher d’une écriture figée, il tend vers un travail d’improvisation et d’écoute. Il se met dans des situations absurdes, fragiles, voire périlleuses, jouant entre force et faiblesse, maîtrise et désinvolture. C’est son obstination qui lui fait garder le fil.

En 2013, il participe à PATT (Performance Artistique Tout Terrain) de la compagnie Kiaï de Cyrille Musy et à la création de la 28e promotion du CNAC Coma idyllique au festival CIRCa. En 2015, il fait une reprise de rôle dans Cri de la compagnie Kiaï de Cyrille Musy. Il participe au spectacle de sortie du CNAC Vanavara en 2017 avec la 28e promotion. L’année suivante, il intervient dans la création Kafka dans les villes, un opéra-théâtre-cirque mis en scène par Frédérique Lolliée et Elise Vigier pour la partie théâtre et Gaëtan Levêque pour la partie cirque. En octobre 2017, il se lance dans l’aventure de création de son spectacle Instable aux côtés de Christophe Huysman.

Christophe Huysman

Auteur, acteur, metteur en scène et photographe, il poursuit une narration permanente depuis l’âge de 14 ans, se sert de toutes les formes qu’il croise, avec des partenaires, ou seul. Après le Conservatoire de Roubaix, puis le Conservatoire national de Paris (CNSAD), il crée plusieurs pièces de Philippe Minyana (Les Guerriers, Où vas-tu Jérémie, Habitations, Cri et Ga cherchent la paix…), les spectacles de Georges Aperghis (Commentaires et Jojo), il joue au théâtre et au cinéma sous la direction de Georges Aperghis, Tilly, Robert Cantarella, Edith Scob, Christian Schiaretti, Peter Etvös, Jean-Luc Lagarce…

Il fonde en avril 1995 la Compagnie Les Hommes penchés qu’il dirige depuis. En 2000, un Laboratoire mobile de création en est né, fédérant de nombreux artistes sur un long ou court terme (compagnonnages artistiques et techniques, création de logiciels, formation in-situ, productions, etc.). Sa rencontre avec le monde du cirque ouvre un lien inédit avec le théâtre et voit la création de Espèces, pièce de cirque (La Villette, 2004) et HUMAN articulations (Festival d’Avignon, 2006), qui restent sans doute, dans l’histoire du cirque contemporain, le mélange le plus fluide entre cirque et théâtre. Avec Le Mâtitube, pièce tout terrain en 2008, il travaille un objet animé et parlant itinérant, un gueuloir à mouvements pour 3 hommes en colère.

Il conçoit Contes Tordus en 2011 qu’il danse en duo avec Julie Nioche, et met en scène Sylvain Decure dans Demain, je ne sais plus rien en 2010. Avec Tetrakaï en 2013-14, il réalise avec l’équipe des Hommes penchés le spectacle de la 25eme promotion du CNAC (Centre national des Arts du cirque).