Natacha Paquignon

Space Dances

Danse / Arts numériques / Création

Ce spectacle est présenté dans le cadre du MOI de la danse.

Pour cette création, Natacha Paquignon a été accueillie en résidence en 2018-2019.

Ne pas se fier aux apparences ! Les lieux semblent vides et pourtant, à travers l’écran, des danseurs surgissent de l’architecture des Subsistances. Tablette en main et casque sur les oreilles, suivez ces énigmatiques interprètes pour (re)découvrir le site et son histoire étonnante. Caméra 360° au poing, la chorégraphe et danseuse Natacha Paquignon sort des lieux habituels du spectacle et s’empare ici du patrimoine pour proposer une déambulation incarnée et poétique.

Space Dances marque une nouvelle étape dans ma recherche sur les liens entre corps et environnement, et entre danse et technologies. Pour la première fois, je développe un travail qui n’est pas à proprement parler du spectacle vivant. Il poursuit mes recherches sur un langage relationnel et sur la notion de frontière poreuse, ambivalente, à la fois séparation et médiation. Comme presque tous mes projets, il n’aboutira pas à une forme unique, mais s’adaptera à chaque contexte.

Cette recherche d’une esthétique du local, de l’in situ, de l’ici et maintenant, est influencée par ma pratique du Qi Gong, par la phénoménologie et les recherches en neurosciences sur la cognition incarnée. C’est-à-dire ce qui, dans la philosophie orientale ou occidentale, parle de la relation d’interdépendance et de création mutuelle entre corps, esprit et environnement.

Créer pour ici une danse qui ne pourrait exister ailleurs est une manière d’incorporer ce principe de co-création.

Écrire la danse pour des espaces communs (publics ou privés), c’est dire que le corps dansant a sa place partout. Inviter les corps à s’approprier ces espaces. Aller à la rencontre du public à travers son corps, en s’invitant sur son chemin.

Le corps est notre commun le plus évident. Ici le dispositif à 360° place le spectateur au coeur du dialogue chorégraphique. En cherchant à l’intégrer corporellement dans la danse – sans pour autant lui demander de danser sauf s’il en a envie, je cherche à mettre l’accent sur ce commun corporel. A inciter le public à faire des choix de déplacement, à co-créer l’oeuvre. C’est le public qui crée une partie de l’in situ : la création chorégraphique parle d’ici, les choix de chaque spectateur parle de maintenant.

Placer la danse dans des espaces qui n’ont pas été conçus pour elle est aussi une manière de surprendre les corps des danseurs. De leur offrir des protubérances et des creux, des matériaux naturels ou manufacturés, des surfaces horizontales ou verticales, des fonctions et imaginaires, qui deviennent des sources d’inspiration concrètes pour la danse.

Mon intérêt pour la confrontation du corps aux technologies reflète aussi mon envie d’intégrer de la surprise à un monde technologique qui a tendance à vouloir tout prévoir. Le corps, c’est la surprise. C’est la possibilité de varier son rapport au temps et à l’espace. Confronter une écriture sensible aux outils technologiques me permet de mener une réflexion sur la relation au temps. En détournant les objets quotidiens que sont le smartphone ou la tablette, je propose d’en faire des outils d’exploration.

Des loupes à travers lesquelles le spectateur scrute les espaces pour faire apparaître les danses en réalité augmentée. Des partenaires qui permettent un jeu entre monde physique et immatériel. L’outil reprend sa fonction de médiation entre soi et le monde.

C’est bien de corps dont il s’agit ici. Du corps des danseurs qui écrivent une danse qui sera figée dans le passé mais laissera la place pour une interaction dans le présent. Des corps des mêmes danseurs qui danseront avec leur double immatériel lors de temps spécifiques. Et des corps des spectateurs qui sont les acteurs de l’apparition de l’oeuvre et qui peuvent s’immiscer dans les boucles chorégraphiques.

Au côté ludique de l’expérience s’ajoute le pari que la technologie soit une porte vers la création artistique, vers la danse et la manière dont elle donne un sens aux espaces.

Natacha Paquignon, décembre 2018

Natacha Paquignon, chorégraphe et danseuse

Natacha Paquignon vient, par ordre chronologique, du judo, de la musique, de la danse, de l’anglais, de la recherche universitaire sur les pères pèlerins puritains et leur manière d’influencer les conceptions du corps aux États-Unis, du Qi Gong et de la Médecine Traditionnelle Chinoise.

Ce parcours éclectique lui donne envie de développer une recherche sur la notion de frontière et sa dimension dialectique, contradictoire, sur ce qui est entre, cet endroit qui porte la promesse à la fois du dialogue et de frottements.

Aujourd’hui elle mène une recherche chorégraphique et numérique qui interroge la place du numérique dans l’environnement et la relation qu’il entretient avec nous. Ou que nous entretenons avec lui. Elle s’intéresse au détournement des outils pour développer une relation poétique, artistique, politique, loin de toute finalité utilitaire.

Son écriture chorégraphique est une recherche sur la capacité à agir et réagir dans un environnement. Les pièces danse et arts numériques sont des formes semi-performatives.
Les danseurs sont à l’écoute de ce qui se passe en eux et autour d’eux pour une danse de l’instant. Ce qui n’interdit pas une écriture précise préalable de certaines scènes.
Dans cette recherche chorégraphique et technologique, la notion de frontière est abordée sous plusieurs angles. La première question est celle, évidente, de la frontière entre monde physique et monde immatériel. Une autre concerne le rapport entre espace intime et espace public, une interrogation au centre de l’utilisation quotidienne du numérique. Qu’est-ce qu’on met en partage ? Qu’est-ce qu’on garde pour soi ?

La plupart de ses créations sont des projets évolutifs entre spectacle vivant et installation, qui s’affinent, se modifient, en fonction des lieux et des personnes qui les habitent. Elle est en charge de la programmation danse du lieu alternatif Toï Toï Le Zinc à Villeurbanne.

Conceptrice du projet, co-auteure & chorégraphe : Natacha Paquignon
Co-auteur, artiste visuel : Raphaël Dupont
Ingénieur en arts visuels : Maxime Touroute
Artiste sonore :
Valentin Durif
Danseurs : Lise Bois, Guillaume Lenoble, Anita Mauro, Clément Olivier, Natacha Paquignon, Etienne Tripoz
Développeur (recherche, conception et réalisation de l’application) : Amaury Belin – MuseoPic

Production
Association Corps Au Bord (CAB) / Compagnie Natacha Paquignon

Coproduction
Les Subsistances / labo NRV ; Scène Nationale d’Aubusson ; CCO La Rayonne, Villeurbanne ; SMAC Les Abattoirs, Bourgoin-Jallieu

Partenaires financiers : Scam / Copie Privée ; Ville de Lyon