Citizen.KANE.Kollektiv & JES

Girls Boys Love Cash

Théâtre / Performance

Spectacle en co-réalisation avec le Festival Sens Interdits et Célestins, Théâtre de Lyon

« J’ai l’argent, tu as le corps. Jusqu’où es-tu prêt.e à aller ? ». Quand il est question de prostitution, quel rapport existe-t-il entre ceux qui consomment et ceux qui se vendent ? Avec cette nouvelle création fortement engagée, le collectif allemand Citizen.KANE.Kollektiv, fait de la recherche son maître-mot en explorant les zones de tension entre les corps et leur consommation. Fruit d’une enquête menée avec le Jeune Ensemble de Stuttgart (JES), cette performance collective offre de nouvelles perspectives sur la prostitution, loin des racolages télévisuels.

Quelle est la source de votre projet ?

«Chaque création – je dis création car nous créons nos spectacles sans utiliser des textes existants – tournent autours de sujets qui nous intéressent vraiment. C’est le cas avec ce projet sur la prostitution. Nous avons travaillé avec un groupe de jeunes, nous avons fait un voyage en Roumanie avec eux, qui nous a totalement changés. Nous sommes allés à la rencontre des gens. C’est la façon que nous avons de travailler, nous prenons un sujet qui nous intéresse et nous entreprenons de longues recherches auprès des gens concernés. Cette phase de recherche est la plus importante dans notre travail.»

Comment s’est passé le travail avec les jeunes ? Quelle part ont-ils pris dans le travail de recherche ? Et dans celui de l’expérimentation scénique ?

«Les jeunes étaient tous majeurs et ont donc pu choisir de s’investir dans les recherches sur ce sujet. (…) Nous avons eu plusieurs échanges, par exemple, avec un tenancier de bordel, malgré le fait que le proxénétisme soit interdit en Allemagne.

Après la phase de rencontres, nous avons fait un stage d’écriture, de lecture, d’improvisation de visionnage de films, de documentaires. À la fin de cette première année de travail, nous avons crée avec les jeunes un spectacle dans des lieux publics du quartier concerné par la prostitution à Stuttgart. Il y avait une laverie, un kiosque, un garage, un bordel. Les spectateurs avaient une feuille de route avec des rendez-vous dans chaque lieu. C’était en juillet 2016. À partir du mois de septembre, le collectif s’est réuni, sans les jeunes cette fois, et a travaillé à la création d’un spectacle à partir de cette année d’expérience.»

Pourquoi avoir voulu faire un spectacle qui vise particulièrement un public adolescent ?

«Ce qui nous a intéressé c’est de voir les modes de vies si différents entre des jeunes du même âge. Le fait qu’avec l’Europe les frontières entre l’Allemagne et la Roumanie aient été ouvertes a dramatiquement changé la vie de certaines personnes puisque tout est devenu beaucoup plus cher qu’avant alors que les salaires, eux, n’ont pas augmentés. On a interviewé, par exemple une femme de 45 ans qui était dentiste en Roumanie mais qui ne pouvait pas y vivre de sa profession et donc qui vient quelques mois dans l’année à Stuttgart pour se prostituer. À Stuttgart 95% des prostitués viennent des pays de l’Est (Roumanie, Bulgarie, Hongrie). Nous avons voulu montrer que des jeunes qui vivent dans un pays très proches peuvent avoir des conditions de vie très différentes. Mais nous voulions aussi voir quels pouvaient être les rêves communs entre ces jeunes qui se ressemblent malgré tout. Nous avons voulu créer une forme d’empathie dans notre public pour qu’il n’y ait pas de rejet envers les personnes qui se prostituent.

De plus, nous savons que parmi les jeunes qui viennent nous voir, il n’y a sûrement pas de futurs prostitués mais de futurs consommateurs de prostitution. Nous avons voulu éclaircir leur regard sur leur pratique. On montre des choses, on raconte ce qu’on a vécu et après à chacun de façonner sa propre opinion.

À la fin du spectacle, nous restons pendant une heure pour discuter avec les jeunes, ça fait partie du spectacle. C’est très satisfaisant de voir que le spectacle soulève des questions et provoque des prises de conscience. (…) Les adolescents sont un peu délaissés dans le théâtre. Il faut toujours être très tendre et à l’écoute d’un tel public.»

Entretien réalisé par Adriane Breznay, le 22 mars 2019

Le Citizen.Kane.Kollektiv est un collectif transgénérationel qui rassemble des artistes de divers horizons en mettant à l’honneur la pluridisciplinarité.

Participant à l’émergence d’artistes locaux, les membres travaillent à égalité et de façon horizontale à créer des formes nouvelles pour aborder les problèmes du monde contemporain. Privilégiant des lieux de création non théâtraux, leurs performances tendent à jouer avec l’environnement et à expérimenter chaque fois une nouvelle approche de la ville.

Abordant des thèmes aussi divers que la radicalisation religieuse, la violence au sein de la cellule familiale, la dictature de l’apparence à l’œuvre dans nos sociétés ou la question de la communication à l’heure des nouvelles technologies, le CKK explore les obsessions contemporaines.

Les créations du Citizen.Kane.Kollektiv sont ponctuées de rendez-vous réguliers avec les citoyens permettant de partager questionnements et propositions. En plus de son partenariat avec le JES, le CKK est soutenu par la Fondation de la jeunesse Ott-Göbel, la Fondation Martin Schmälzle ainsi que par la Fondation Fédérale pour la Culture. Il reçoit également depuis 2018 la subvention d’aide à la création de l’association régionale « Freie Tanz – und Theaterschaf – fende » du Baden-Wüttemberg et a obtenu le Prix du Citoyen de la ville de Stuttgart. Le spectacle Girls Boys Love Cash a été invité à la réunion plénière de l’IETM à Munich en 2018 qui réuni 467 professionnels du spectacle vivant pour un exercice collectif de réimagination du projet européen. Artistes engagés aux multiples capacités, les membres du Citizen. Kane.Kollektiv œuvrent à la redéfinition d’une création contemporaine ancrée dans le présent mais tournée vers le futur.

Mise en scène : Christian Müller
Avec : Jürgen Kärcher,  Sarah Kempin, Simon Kubat, Jonas Bolle, Andrea Leonetti, Ema Staicut, Franziska Schmitz
Scénographie et costumes : Valentin Eisele
Dramaturgie : Lucia Kramer
Musique : Jonas Bolle
Vidéo : Cinty Ionescu
Chorégraphie : Isabelle von Gatterburg
Conseiller pédagogique : Hannes Michl

Production : Citizen.KANE.Kollektiv & JES – Junges Ensemble Stuttgart (Allemagne)
Avec le soutien financier de Kulturstiftung des Bundes in Fonds Doppelpass (Allemagne)
Avec le soutien de Ott-Goebel-Jugendstiftung et Martin-Schmälzle-Stiftung (Allemagne)
Co-réalisation : Festival Sens Interdits et Célestins, Théâtre de Lyon