Le Kraken

Une œuvre tentaculaire, un programme monstre

Du 4 mai au 27 juillet 2022

De mai à juillet 2022, découvrez le KRAKEN aux SUBS.

Imaginez une gigantesque structure de bois et de métal se déployer de façon tentaculaire sur le site des Subsistances, comme un Alien échappé des fonds marins arrivé par la Saône. La figure mythologique du KRAKEN donne sa forme de pieuvre géante à la création scénographique conçue par le collectif syrien UV lab et signée Khaled Alwarea, Mike Shnsho et Layla Abdulkarim. Pendant la saison estivale, les SUBS se métamorphosent pour proposer une centaine rendez-vous artistiques dans un contexte totalement inédit.

Cette installation monumentale rassemble dans une unité de temps et de lieu une multitude d’usages pour tous les publics : performances, concerts, DJsets, pratiques artistiques amateurs, terrasse avec bar et restauration… De mai à juillet 2022, plus d’une centaine de rendez-vous sont proposés en plein air sur l’Esplanade mais aussi sous la Verrière et dans les autres espaces des SUBS.

Avez-vous entendu parler du Kraken ? Ce nom évoque l’image d’une pieuvre géante qui fait sombrer les navires au milieu des océans. Issu de légendes scandinaves médiévales, le Kraken fait partie des monstres fantastiques – comme le minotaure ou le cyclope – qui se sont imposés dans l’imaginaire collectif et créatif. Cet Alien des profondeurs est une source d’inspiration pour plusieurs générations d’auteurs : J.R.R. Tolkien, J.K. Rowling, G.R.R. Martin ou Jules Verne qui l’a fait vivre dans 20 000 lieues sous les mers. Figure récurrente du monde du cinéma (Pirates des Caraïbes, Les Énigmes de l’Atlantide, Le Seigneur des Anneaux, Un Cri dans l’Océan), le Kraken surgit également dans comics, mangas et jeux vidéos (Tomb Raider, Mine craft, World of Warcraft, Dragon Quest, Final Fantasy). Les bras tentaculaires du Kraken représentent des motifs souvent mis à l’honneur par le street art et l’art contemporain. Sa forme monumentale si caractéristique s’incarne enfin dans des édifices architecturaux.

C’est avec cette mythologie que les créateurs ont eu envie de jouer, inspiré par le terrain de jeu idéal que représentent les SUBS et par la présence de la Saône à côté du site.

COLLECTIF UV LAB
Entre Damas et Beirut, UV Lab est né de la nécessité de l’expression artistique face à l’absurde. Un studio de design spécialisé dans la création de sculptures et d’installations in situ, ainsi que de scénographies architecturales pour des festivals de musique utilisant des matériaux naturels et recyclés. UV LAB a réussi à placer des projets dans différents pays d’Europe, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud.

KHALED ALWAREA
Né en 1988 à Damas, Khaled est un architecte syrien et artiste multidisciplinaire basé à Paris. Il est le responsable artistique et créatif et co-fondateur du studio de design UV LAB. De plus, à travers le pseudonyme KhAl, sa pratique créative se concentre sur les arts visuels via la photographie, l’art vidéo, la scénographie théâtrale, la performance et les installations multimédias, concernés par les thèmes de la sexualité, de l’individualité et de la liberté d’expression. Il a participé à plusieurs collaborations et ateliers, a été sélectionné et invité à de nombreux festivals de cinéma et séminaires, et a exposé son travail dans des galeries, des centres culturels et des théâtres dans différents pays du monde.

MIKE SHNSHO (AKA MIHANNAD SHNSHO)
Architecte, créateur et DJ syrien basé à Istanbul, Mike est l’associé créatif responsable et co-fondateur du studio de design UV LAB. De plus, SHNSHO est DJ et producteur de musique, il est considéré comme l’un des premiers artistes syriens à s’être plongé dans la musique Psychedelic Trance, se produisant dans de nombreux festivals de musique et lieux dans le monde. Il a également organisé plusieurs événements et festivals Psy Trance au Liban et en Turquie, jouant un rôle clé pour pousser la scène à avoir sa place dans la communauté internationale Psy-Trance.

LAYLA ABDULKARIM
Layla est une architecte multidisciplinaire née à Damas. Diplômée de l’Université de Damas où elle rencontre Khaled Alwarea, elle est également diplômée de l’ENSA Paris Malaquais et collabore désormais avec UV LAB studio. Elle a consacré ces dernières années à travailler sur les nouvelles techniques de conservation et de restauration du patrimoine menacé en Syrie, Irak, Arménie, Cambodge, Afghanistan et aussi en France.

Votre architecture se situe au carrefour des nouvelles technologies et des traditions vernaculaires. D’où vient ce mélange des registres qui constitue votre marque de fabrique ?

À l’école d’architecture de Damas, je faisais partie des geeks de ma promo. Je me suis d’emblée passionné pour les ressources numériques et les processus de création assistée par ordinateur comme le design génératif et la modélisation paramétrique. Mon approche de l’architecture est néanmoins toujours restée – au niveau de la construction – très artisanale et low tech. Mes références ne sont d’ailleurs pas à chercher du côté des « starchitectes » mais plutôt du côté d’initiatives spontanées et populaires comme le Burning Man, cet événement organisé chaque année dans le désert de Black Rock au Nevada. Pendant une semaine, une ville éphémère surgit de nulle part puis disparaît complètement. Ce grand rassemblement artistique un peu foutraque réunit des sculptures, des constructions géantes en bois, en perles, en tissu, en papier, en sable ou en pierres, mais aussi des spectacles improvisés, des séances de poésie et des incantations au lever du soleil. Cet anti-festival repose sur des principes forts comme l’inclusion solidaire, le don désintéressé, l’affranchissement des lois du marché, l’autosuffisance, l’expression radicale de soi, l’effort collectif, la responsabilité civique, l’engagement à ne pas laisser de trace… Au-delà du caractère folklorique de l’ensemble, je trouve ça plutôt inspirant pour mener mes propres projets.

Vous avez fui la Syrie à l’âge de 25 ans. Quel impact l’exil a-t-il eu sur votre parcours artistique ?

Au début de l’année 2012, les temps ont commencé à devenir vraiment durs en Syrie : les soulèvements pacifiques ont été réprimés de façon sanglante par le régime et les conflits se sont transformés en véritable guerre. Pour un jeune artiste comme moi, la notion de liberté de création devenait de plus en plus compromise. Nous avons été plusieurs artistes syriens à quitter Damas en 2013 pour nous installer à Beyrouth. C’est à ce moment que nous avons créé le collectif d’architecture alternative UV LAB avec Mike Shnsho (AKA Mohannad Shnsho) et Zena El Abdalla que j’avais rencontrés à un workshop à l’école d’archi. Pour nous, c’était une réaction artistique spontanée face à l’absurdité de notre situation. Notre tout premier projet a été l’aménagement intérieur d’un bar à Beyrouth puis la scénographie extérieure d’un festival de musique au Liban. Ces réalisations ont permis de nous faire remarquer et de susciter d’autres commandes. Longtemps nous avons travaillé avec très peu de moyens financiers en procédant exclusivement par récupération : un projet permettant d’en construire le suivant, selon une chaîne de fabrication quasiment auto-suffisante avec les matériaux. En 2017, nous avons réalisé notre premier projet en Europe avec une carte blanche du festival allemand Freqs of Nature qui propose dans la campagne au sud de Berlin un étonnant mélange de musiques électro et d’art expérimental. Nos réalisations ont alors pris de l’ampleur et se sont développées à l’échelle internationale, notamment à Paris où je me suis installé et où je collabore avec l’Atelier des artistes en exil.

Sous le nom de KhAl, vous menez également une carrière artistique dans les domaines de la photographie, de la vidéo, de l’installation multimédia, de la scénographie de spectacle… Ces deux aspects distincts de votre démarche interagissent-ils ?

Dès les premiers chantiers de construction d’UV LAB, j’ai commencé à filmer différentes étapes de création mais également les environnements dans lesquels nous nous trouvions. J’ai d’autant plus pris goût à la réalisation de vidéos que j’avais suivi des cours de photographie à Damas où j’avais d’ailleurs eu l’occasion de présenter quelques expositions. Mes deux pratiques artistiques se déploient de façon parallèle. Disons que mes travaux audiovisuels et photographiques abordent des sujets plus personnels liés à la liberté d’expression, aux questions de genre, d’homosexualité et des formes de représentation de l’altérité. Au sein d’UV LAB, je conçois des projets spectaculaires et de grande envergure qui ont une valeur artistique mais qui jouent également un rôle fonctionnel pleinement assumé.

C’est notamment le cas du Kraken qui va se déployer sur le site des Subsistances à Lyon : concevoir une œuvre scénographique qui métamorphose l’esplanade extérieure et permette d’accueillir des activités artistiques (concerts, DJ sets, performances) ainsi qu’une terrasse (bar, restauration, espace d’agrément).

Les projets d’UV LAB se mettent toujours au service d’usages prédéfinis. J’aime concevoir des projets où ce que l’on imagine est ensuite activé par d’autres que nous-mêmes. La finalité d’une installation comme le Kraken est de générer de nouvelles manières de vivre la création artistique. C’est très excitant de donner une tonalité esthétique et affective à un lieu. L’ambiance que nous cherchons à créer repose sur une conjonction du dehors et du dedans. C’est pourquoi nous proposons une structure organique assez ouverte avec une partie centrale couverte de quinze mètres de hauteur qui correspond au corps et à la tête du Kraken. Le public peut ainsi se rassembler à l’intérieur du Kraken comme dans un cocon pour faire des expériences sensorielles dans des contextes inédits. Les multiples bras et tentacules de la structure produisent une impression de mouvement et relient de façon tactile les différents bâtiments de l’ensemble architectural qui compose les Subsistances.

Ancien couvent puis caserne militaire, ce site patrimonial accueille aujourd’hui l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Lyon et les SUBS – lieu de résidence et de création artistique pluridisciplinaire. Comment vous êtes-vous approprié toutes les dimensions de ce « terrain de jeu » ?

En proposant quelque chose de tentaculaire comme le Kraken ! Cette œuvre représente l’aboutissement de tous les projets que nous avons réalisés précédemment. Nous sommes intervenus dans des contextes de festivals et avons déjà connu deux expériences dans des sites patrimoniaux, à Pantin et dans le château de Douvres en Grande-Bretagne. C’est un défi passionnant de partir d’une architecture séculaire pour la métamorphoser et lui donner une nouvelle existence éphémère. Quant à notre processus de fabrication, il repose sur des matériaux sourcés localement et la participation des usagers du site. Nous allons ainsi associer des étudiants de l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts à la construction du Kraken qui va durer plusieurs semaines.

Vous êtes le maître d’œuvre de l’événement d’inauguration du Kraken. À quoi peut-on s’attendre ?

Avec le réveil du Kraken, j’ai envie de jouer avec la mythologie du Kraken – ce monstre des profondeurs océaniques – surtout que la présence de la Saône s’y prête. L’idée est simple : orchestrer le réveil de cette pieuvre géante en lui donnant vie avec une mise en sons et en lumières spécifique. Mike Shnsho compose une partition comme un voyage musical, celui que le Kraken aurait fait pour arriver jusqu’aux SUBS. Cette cérémonie du réveil de la bête est une façon pour les publics de venir la découvrir et se familiariser avec elle avant de passer plusieurs mois en sa compagnie.

Propos recueillis le 15 décembre 2021 par Stéphane Malfettes, directeur des SUBS

CONCEPTION
UV Lab – Layla Abdulkarim, Khaled Alwarea, Mike Shnsho

REALISATION
La construction du Kraken a mobilisé la participation de 46 professionnel.le.s et étudiant.e.s

Layla Abdulkarim, Christian Allamanno, Khaled Alwarea, Zoé Berger, Grégory Blain, Philippine Brulé, Marie Canard, Alix Chartier, Hafid Chouaf, Antoine Ciceron, Constance Cittone, Thierry Derrien, Juliette Dubernet, Théo Dusfour, Zoé Escude, Jean-Marc Fanti, Maxence Fumet, Valentine Gensane, Franck Gualano, Lisa Guiga Masini, Marine Henault, Didier Hirth alias Mimo, Daniel Ibanez, Emma Joly, Valentine Jouault, Claire Jouët-Pastre, Alexia Kalinsky, Jean-Baptiste Lepin, Camille Menet, Maimouna N’Gaide, Emmanuel Nguyen, Camélia Puyot, Xiaoming Ren, Anaelle Rosich, Manon Siegler, Mike Shnsho, Stéphane Stilitz, Cyril Virevaire, Sarah Vithaya, Mélanie Wojylac,

Et l’équipe technique des SUBS : Bertrand Faure, Nicolas Goblet, Hugo Hazard, Alexis Pawlak, Christophe Pont, Abdellatif Sidki

PRODUCTION
Les SUBS – lieu vivant d’expériences artistique, Lyon
En collaboration avec le programme Mondes Nouveaux, mis en œuvre par le Ministère de la Culture dans le cadre de France Relance

REMERCIEMENTS

Les équipes administrative, technique et pédagogique de l’ENSBA, Franck Dagnaud à la direction unique de sécurité du site – Service de la Ville de Lyon, L’Atelier des artistes en exil, Association Année Lumière, C3 – Bureau d’études, Alpes contrôle, Yann Lehyaric – Loca Rhône, Jean-Michel Chevance – Trenois Decamps, Les connexions – matériaux de réemploi, Made In Past, Vincent Loubert – Louxor Spectacle, Sameh Saad CG, Gwendoline Leclercq et Guillaume Rossi – Papilles et potager