Quinquis + DeLaurentis

musique

Deux artistes, aussi intenses et inventives l’une que l’autre, donnent vie en solo sur scène à leurs explorations électro-pop les plus libres et personnelles.

Émilie Tiersen – alias Quinquis – vient de sortir un premier album sur le prestigieux label britannique Mute Records avec le producteur Gareth Jones (Depeche Mode, Apparat, Mogwai). Synthétiques et atmosphériques, ses textures musicales font écho à des mélodies entièrement chantées en breton – choix linguistique qui accentue la singularité de son univers onirique. Un concert comme une odyssée sonore aux confins de l’imaginaire.

Femme-machine adepte des hybridations musicales, DeLaurentis transpose en live dans une scénographie immersive le conte pop-numérique de son album concept Unica. Avec un nom de scène emprunté au producteur de films Dino de Laurentiis (La Strada, Barbarella, Flash Gordon, Dune), elle orchestre une électro-cinématique faite de clair-obscur et d’envolées lyriques. Son usage intuitif des synthétiseurs, des claviers, des voix et des samplers convoque tour à tour Laurie Anderson et Ryuichi Sakamoto ; excusez du peu !

Émilie Tiersen a, durant deux albums et plusieurs années, fait de la musique sous le nom de Tiny Feetet est maintenant, avec la sortie de Seim, son premier album pour Mute, connue sous le nom de Quinquis. Ce changement de nom est symbolique : il rend hommage à son histoire personnelle et familiale en faisant référence à son nom de jeune fille, tout en représentant un nouveau départ sur le plan musical. « Cela a été un nouveau départ sur beaucoup de plans », dit Émilie. « L’acceptation de soi a été une chose très importante pour moi ».
Qu’il s’agisse de forger un lien plus profond avec sa propre culture, son histoire et son identité, d’explorer de nouveaux terrains musicaux ou de devenir mère, cette période a été marquée par des changements importants. C’est à cette époque qu’elle a commencé à explorer de nouvelles idées. « J’étais en tournée avec Yann [son mari, Yann Tiersen] et notre bébé », se souvient-elle.  » Pendant la sieste de mon bébé, je me suis créé une règle : trouver une nouvelle idée dans chaque nouvelle ville. Dès le début, c’était un voyage. »
Son album sorti en mai 2022, est profondément personnel et introspectif, mais aussi collaboratif et expansif. Il est ancré dans des histoires historiques et modernes. C’est un album qui relie des mondes tout en étant entièrement le sien.

DeLaurentis est l’une des rares productrices et créatrices de musique électronique qui parvient à transmettre de réelles émotions en jouant de la voix sur des machines. Sa musique électro-cinématique est à la fois douce et puissante, claire et obscure : implacablement efficace et envoûtante. Sa voix occupe le rôle de personnage principal de ces films sonores. Rythmique ou mélodique, harmonique ou vaporeuse, elle est le fil conducteur et la sève qui donne humanité à ses addictifs voyages synthétiques.
DeLaurentis a appris la musique au Conservatoire et a découvert la production et le mixage en autodidacte. Elle exprime son art, sa musique à travers les nouvelles technologies et son instrument favori est le Pushd’Ableton. La production de son premier album commence à l’été 2018 dans un studio aéré sur le canal Saint-Martin à Paris. Pendant deux années d’une relation intime avec ses machines qui touche parfois au mystique, DeLaurentis fait naître sa sœur-numérique : Unica. En résulte un album concept, dans lequel elle échange en duo avec la machine : voix naturelles contre voix vocodées. Unica est aussi vivante que les humains qui collaborent sur l’album : Dan Black, Yaron Herman, Daymark et Fabien Waltmann. Unica nait, échappée d’un écran, puis prend forme, observe nos existences compulsives, grandit.
Le morceau « Somewhere in between » a même réellement été enregistré à l’aide d’une intelligence artificielle, une belle aventure supervisée par Benoît Carré, pionnier en la matière. DeLaurentis, en glissant sa voix cristalline tantôt sur des nappes évoquant Brian Eno, tantôt sur des arpégiateurs à la Moroder, réalise le fantasme de Spike Jonze dans Her ou de Steven Spielberg dans AI : Unica vit !Delaurentis a su créer le trait d’union idéal entre la femme et la machine, le chainon manquant entre la pop et l’intelligence artificielle.