Steven Cohen

put your heart under your feet… and walk/à Elu

Performance

Steven Cohen a présenté aux Subsistances de nombreuses pièces, dont l’emblématique Chandelier à la réouverture des Subs en 2004 et à l’occasion de 10 ans en 2014.

put your heart under your feet… and walk/à Elu est un hommage de Steven Cohen, performeur sud-africain à Elu son compagnon disparu. L’un et l’autre ont créé certaines de leurs pièces aux Subsistances. Cette œuvre d’art très singulière veut s’offrir comme un tombeau, au sens littéraire. Elle est radicale et sans concession, d’une beauté inouïe et à la limite du supportable. Elle représente sans cesse mais ne joue rien. Elle est un rituel offert à l’être aimé, brutal et attentionné, transgressif et ivre d’amour. « Je veux être avec toi pour toujours » avait dit Elu…

 

Chorégraphie, scénographie, costumes : Steven Cohen
Performeur : Steven Cohen
Création lumière et régie :
Yvan Labasse
Régie vidéo : Baptiste Evrard
Musiques : Joseph Go Mahan – The Desperate Ones / 3mn41, Leonard Cohen – It Seemed the Better Way / 4mn22, Marianne Faithfull – Boulevard Of Broken Dreams / 3mn08

Coproductions : Montpellier danse/CDN hTh Rodigo Garcia Montpellier/ Dance Umbrella et Aides aux projet de la Drac Nouvelle Aquitaine

Seul en scène, le performeur extériorise et magnifie sa souffrance face à la finitude dans une forme scénique très esthétique et ritualisée. Au cours d’une performance filmée et projetée sur écran, l’artiste évolue gracieusement dans un abattoir entre des carcasses de bovins suspendus après dépeçage. Son corps fragile et livide finement recouvert d’une robe virginale finit écarlate, aspergé dans un bain de sang cathartique.

Maximalisée par la vidéo, l’action paraît radicalement forte. Derrière un autel de prière éclairé aux chandelles, Steven Cohen toujours magnifiquement fardé arbore des lèvres d’un noir ébène et une attitude recueillie qui n’a rien à voir avec l’art provocant dont il peut être coutumier. Celui qui fait de son corps et de son être tout entier une œuvre d’art très singulière veut s’offrir comme une tombe vivante à son ami disparu. Pour ce faire, en précisant bien que ce n’est pas du théâtre et qu’il ne joue pas, il déglutit solennellement quelques cendres du défunt et incorpore ainsi sa mort à sa vie avant de disparaître lui-même dans un épais nuage de fumée blanche paradisiaque qui recouvre l’entièreté du plateau.

Ainsi se clôt une performance hypersensible et exacerbée à l’image de son créateur. Son geste totalement incroyable, si transgressif et absolutiste, hors normes, sans tabou, est un immense geste d’amour.

Steven Cohen est né en 1962 en Afrique du Sud. Chorégraphe, performeur et plasticien, il développe une œuvre intime, provocante, mais toujours sensible et finement politique. À la scène comme à l’écran, il s’incarne dans un travail où son corps reste le lieu de l’expression principale, paré le plus souvent de ses propres créations plastiques.
Steven Cohen cultive les paradoxes. Alors qu’il semble brisé par un passé douloureux et un présent amer, le performeur sud-africain est capable de soulever des montagnes. Il a l’endurance et la résilience de ceux qui ont choisi de combattre les inégalités et qui ont fait de cet engagement une ligne de conduite. L’art lui a sauvé la vie et il entend bien s’en servir pour interroger dans des créations provocatrices et anticonformistes son identité de « monstre homosexuel juif et blanc » et sa place dans une société postapartheid. À 55 ans, le plasticien-chorégraphe-performeur partage sa vie entre l’Europe, où il se produit régulièrement et où il réside, et sa ville natale, Johannesburg. « Mon corps est en France mais mon cœur est en Afrique du Sud », souligne celui qui depuis 2009 n’est plus enseigné dans les écoles d’art de son pays. « Mon travail a été déclaré immoral. Je pensais que l’Afrique du Sud avait changé. J’ai été naïf. J’ai cru que nous, les queers, pourrions enfin être acceptés. Mais quoi que nous fassions, nous ne le serons pas. Nous sommes toujours victimes de discriminations, d’insultes, de meurtres. Nous ne demandons pas à être considérés comme des gens normaux. Nous ne serons jamais comme les autres. Nous ne voulons qu’une chose : l’égalité », précise-t-il.
En 2014, il a été condamné par le tribunal correctionnel de Paris pour exhibition à la suite d’une performance réalisée en 2012 intitulée Coq/Cock au Trocadéro à Paris. Bien que jugé coupable, le tribunal n’a pas prononcé de peine à l’encontre de l’artiste.