El Conde de Torrefiel

La Posibilidad que desaparece frente al paisaje*

Théâtre / Performance

*La possibilité qui disparaît face au paysage

« L’art n’est pas politique. L’art tient de la religion. »
Vous êtes tous conviés à la grand-messe orchestrée par El Conde de Torrefiel !

Voilà bientôt une décennie que la compagnie barcelonaise agite les scènes du Vieux Continent avec des créations décapantes, entre théâtre et performance. À sa tête : Pablo Gisbert et Tanya Beyeler. Un duo inclassable à l’humour grinçant que les théâtres s’arrachent depuis un passage remarqué au Festival d’Automne 2016. La Possibilité qui disparaît face au paysage fait un pas supplémentaire vers l’abstraction et l’hybridation des genres. Sur scène, quatre anonymes peuplent tour à tour dix paysages bucoliques, dix villes européennes. En guise de B.O., les voix de personnalités qui ont motivé la création de ce spectacle : Michel Houellebecq, Zygmunt Bauman, Spencer Tunick… Un spectacle en forme de livre pop-up, grave et drôle, qui interroge l’activité dérisoire de nos vies quotidiennes.

Plus d’information sur elcondedetorrefiel.com.

Idée et création : El Conde de Torrefiel en collaboration avec les interprètes
Mise en scène et dramaturgie : Tanya Beyeler et Pablo Gisbert
Texte : Pablo Gisbert
Conception lumière : Octavio Más
Scénographie : Jorge Salcedo
Conception sonore : Adolfo García
Musique : Rebecca Praga et Salacot
Chorégraphie : Amaranta Velarde
Interprètes : Albert Pérez Hidalgo, Nicolás Carbajal Cerchi, Nicolas Chevallier, David Mallols
Régie technique : Isaac Torres
Voix : Tanya Beyeler

Traductions : Marion Cousin (français), Martin Orti (allemand), Nika Blazer (anglais), Ann-Helena Remans (hollandais), Ettore Colombo (italien), Teresa Fernandes (portugais)

Une co-production de Teatro Pradillo-El lugar sin límites, Graner Espai de Creació, Festival TNT Terrassa

Avec le soutien de Acción Cultural Española (AC/E), Programa IBERESCENA, La Fundación de Bilbao, ICE – Generalitat de Catalunya, INAEM – Ministerio de Cultura de España, Antic Teatre de Barcelona, Institut Ramon Llull

Avec La posibilidad que desaparece frente al paisaje, Pablo Gisbert et Tanya Beyeler évoquent le « pessimisme organisé » qui forme le cœur de la plus noble lignée de la culture du XXe siècle. Plus précisément, celle remontant à Walter Benjamin, qui avait pressenti dès les années 30 la disparition future de la possibilité d’expérience réelle, de la possibilité de narration, de la possibilité de salut.

Mais tandis que cette réflexion – résultat d’une accélération frénétique de la parabole de l’Occident – faisait encore écho à une confiance intense et éthique dans la possibilité de faire de cette parabole une Histoire (c’est-à-dire de pouvoir exiger des faits un sens), l’acte de constatation, le paysage de la post-modernité avancée doit assumer que la chose appelée Histoire s’est certes terminée, mais pas de la manière attendue. La possibilité qu’un événement soit un événement est totalement éclipsée par le flux électrisant de faits et d’actualités, tous anémiquement préfabriqués ou falsifiés par les médias en vue de leur consommation immédiate, l’objectif étant qu’ils soient perçus en temps réel comme historiques, solennels et mémorables ; soumis à la logique de l’insatiabilité, du « spectacle total » prédit par Guy Debord, blasphémé par Pier Paolo Pasolini et froidement diagnostiqué par Jean Baudrillard comme une métastase déjà inéluctable. La fin que nous attendions s’est produite sans effet pyrotechnique, ni catastrophe aucune : l’histoire ne peut prendre fin, parce qu’elle est déjà finie.

Ainsi, quand la compagnie El Conde de Torrefiel parle de paysage, elle ne parle que de ce naufrage de l’humanité au milieu d’une trame dense et festive d’événements qui n’ont plus rien de réels, et d’expériences qui n’ont plus rien à voir avec ce que nous appelons d’ordinaire la vie. Cette pièce est donc une suite patiente et impitoyable de « façades du spectacle » : des instantanés de divertissement, de fête, de participation, d’immersion. Triste chronique d’une sorte de guerre permanente dans laquelle toute la société se voit recrutée sans même savoir pourquoi et en quel nom : parce qu’au temps du totalitarisme spectaculaire, la vieille morale basée sur les interdictions ne s’applique plus ; la jouissance constitue alors le nouvel impératif éthique. Les longs textes projetés ou en voix off qui accompagnent le répertoire de gags et de ruines, silencieusement mis en scène par les interprètes d’El Conde de Torrefiel, représentent la voix plurielle de la non-participation et de l’abstention. Ce refus d’être là, le discours comme « geste d’absence », est peut-être le seul moyen d’objection de conscience qu’il reste à explorer.

Les textes de Pablo Gisbert ne sont pas à proprement parler des monologues, mais des dialogues avec un interlocuteur silencieux. Et cette aphasie ou absence de réponse est, si l’on veut bien, l’éloquence du paysage en général, et de celui-ci en particulier.

Roberto Fratini
 (trad. français Amy Mavor)

El Conde de Torrefiel est une compagnie espagnole installée à Barcelone, fondée en 2010 par Pablo Gisbert (né en 1982 en Espagne) et Tanya Beyeler (né en 1980 en Suisse). Ils ont étudié l’art dramatique et la philosophie, mais s’intéressent également à la musique et à la danse contemporaine. Ils sont auteurs de théâtre, musiciens, performeurs et vidéastes. Leurs créations recherchent une esthétique visuelle et textuelle où cohabitent théâtre, chorégraphie, littérature et arts plastiques. À travers leurs travaux, ils s’intéressent au XXIe siècle et à l’actualité, en se concentrant sur les relations entre le langage, l’humain et le politique.

Le parcours professionnel de la compagnie commence en 2010 avec la présentation de La historia del rey vencido por el aburrimiento. Puis viennent Observen cómo el cansancio derrota al pensamiento en 2011, Escenas para una conversación después del visionado de una película de Michael Haneke en 2012, La chica de la agencia de viajes nos dijo que había piscina en el apartamento en 2013, GUERRILLA en 2015.

Les spectacles de la compagnie sont présentés dans de nombreux festivals en Espagne (le Mercat de les Flors de Barcelona, le Festival d’Automne au Printemps de Madrid, le Festival Temporada Alta de Girona…), mais également au-delà, en Europe, en France, en Angleterre, au Chili, au Mexique, au Venezuela, en Équateur, au Paraguay et au Brésil.