Denis Mariotte

Commencer est toujours une façon d’en finir
Performance / Installation / Création

– Annulé suite aux annonces gouvernementales –

Denis Mariotte – notre trésor régional vivant – crée un parcours-surprises à travers les espaces des Subsistances avec des installations parfois fixes, parfois animées, parfois sonores, parfois tout à la fois, et une performance aussi fulgurante qu’un haïku.

« Commencer est toujours une façon d’en finir. »

« Quand vous dîtes au début il y a, vous ne racontez pas l’origine. »

C’est avec ce genre d’énoncés que Denis Mariotte a mis en chantier ce nouveau projet que lui ont commandé les SUBS.

En ces temps d’incertitudes concernant les modalités de rassemblements publics pour assister à des spectacles, le musicien, performeur et plasticien lyonnais est l’homme de la situation. Depuis plusieurs années, il crée des installations et performances où rien n’est à voir et tout à expérimenter, en petits groupes de spectateurs.

Sa démarche artistique pourrait être qualifiée de “démonstrations poétiques de la mécanique quantique. Je travaille, explique-t-il, à la perception d’états cumulés, de notions telles que la présence et l’absence, l’expérience du vide, l’écoute de l’invisible, pour les mettre en jeu avec les potentialités du réel en écho avec le fictionnel”.

Son intervention aux SUBS prend la forme d’un parcours-surprises à travers plusieurs espaces du site avec des performances et des installations plastiques parfois fixes, parfois animées parfois sonores, parfois tout à la fois. Laissez-vous guider par Denis Mariotte dans ce labyrinthe artistique à l’image de son atelier et des méandres de sa pensée.

L’axe central de cette création tourne autour de la notion d’origine. L’origine au centre de tous les questionnements, individuels, sociétaux, environnementaux, scientifiques, phylosophiques. Qu’il s’agisse de l’origine culturelle, du mal, d’un projet, de l’univers, d’une catastrophe, d’une rencontre… C’est une question abyssale qui permet de faire des va-et-vient entre le Grand et le Petit, l’intime, le quotidien et l’abstraction, le concept. À travers un parcours dans différents espaces des Subsistances, le spectateur sera invité à suivre l’itinéraire d’un personnage, D, l’auteur et sa fiction. Sans narration chronologique, mais suivant le fil conducteur de cette question d’Origine ; le spectateur pourra alors se retrouver face à une installation plastique, sonore, performative, ou tout à la fois.

Musicien, performeur et plasticien, DENIS MARIOTTE a notamment collaboré, entre 1989 et 2013, à de nombreuses pièces de la chorégraphe Maguy Marin, dont il compose les créations sonores : musiques jouées sur scène, bandes électro-acoustique, pièces vocales, dispositifs sonores, films musicaux. Rapidement, il relie musique, mouvement et mise en scène pour ouvrir de nouvelles pistes de travail artistique. Parallèlement, il pratique l’improvisation musicale en duo avec Gilles Laval ou Michel Mandel, et collabore avec le compositeur Fred Frith pour deux pièces, Impur et Stick Figures. Depuis 2005, il réalise des pièces en solo (Prises/reprises en 2011, Hiatus en 2018…) ou duo, notamment avec Maguy Marin (Ca quand même, 2004), ou Renaud Golo (On pourrait croire à ce qu’on voit, 2005, titre générique incluant différents chapitres).

Comment les choses apparaissent ?
Interview avec Denis Mariotte par Nadja Pobel, décembre 2020

En cette fin d’année sidérante, Denis Mariotte élabore « Commencer est toujours une façon d’en finir » qui ouvrira 2021 aux SUBS. Dans l’atelier lyonnais de ce musicien-plasticien-performer, s’agglutinent des maquettes, des dizaines d’œufs, des moteurs d’essuie-glaces, des suspensions et aussi une batterie, un piano, une guitare électrique. C’est à partir de tous ces matériaux qu’il concocte un spectacle déambulatoire. Pour l’heure, dans le froid hivernal, il nous éclaire sur la genèse de ce nouveau projet et où il est du processus de travail.

Commencer est toujours une façon d’en finir doit naître aux SUBS le 16 janvier. De quelle idée ce projet est-il né ?

Dans l’absolu, je devais participer avec neuf autres artistes à La Forêt, scénographie monumentale qui devait voir le jour sous la Verrière des SUBS en juin dernier. Suite à l’arrivée du virus, il m’a été proposé que les SUBS deviennent mon atelier, comme pour un peintre. Ça m’a intéressé car je vais de plus en plus vers les formes plastiques avec ou sans mon corps en présence. Et je souhaitais travailler sur des longues périodes. Ici, j’utilise les lieux que je souhaite des SUBS. Ce sera donc un parcours dans les différents espaces avec des installations plastiques fixes animées, performatives ou pas. Il y a douze étapes que chacun des vingt spectateurs parcoure, en même temps et dans le même ordre en l’espace d’une heure. C’est une partition en somme créé pour ce lieu – il n’y a pas ailleurs de verrière de 1600 m².

Comment va se dérouler cette balade/déambulation et quel sera son fil rouge ?

Il y a plein de ressources aux SUBS. Nous irons d’un lieu à l’autre, je vais mettre des cloisons dans certains et démultiplier les espaces.

L’axe central de la pièce tourne autour de la notion d’origine que j’avais déjà travaillée dans Hiatus en 2018. Commencer est toujours une façon d’en finir va être la suite de cela. Je m’étais penché sur la mécanique cantique et l’astrophysique contemporaine car c’est intéressant vis-à-vis de la fiction par exemple. En mécanique cantique, on peut dire qu’il y a des états cumulés de la matière. Et c’est exactement comme quand on écrit, dans un scénario, que le protagoniste est dans tel état ou tel état. L’état de la matière ne se révèle qu’au moment où un observateur la regarde. Ça renvoie à Marcel Duchamp : c’est le regardeur qui fait le tableau. Ça renvoie également à tout un tas de choses contraires comme le vide et le plein. Depuis Aristote, on se pose la question du vide en se disant que ça n’est rien. Mais en fait le vide n’est pas le néant. Et dans les arts, se pose la question de la présence, de l’absence.

Le sujet de ce travail va donc être : comment les choses apparaissent ?

 

Pour cheminer, vous nourrissez-vous de documents scientifiques ou d’œuvres d’autres artistes ?

Je lis des livres vulgarisants. On sait maintenant que notre conscience, une table, les planètes sont faits de la même matière. Ce qui m’intéresse est de faire des va-et-vient entre l’infiniment grand et l’infiniment petit, d’explorer ce que peut être l’origine d’un concept, d’un objet, d’un fait historique ou de la création-même que je vais faire aux SUBS. Le point d’accroche, que soulevait très bien Étienne Klein, scientifique et philosophe, est que l’origine des choses est toujours l’achèvement de quelque chose. Cette pièce sera toute orientée là-dessus. Et un personnage/performer que j’appelle « D », joué par moi, va expérimenter la notion d’origine autour des éléments plastiques.

Que vont pouvoir voir concrètement les spectateurs ?

Je ne veux pas trop en parler mais ça peut se cristalliser sur des choses très bêtes pour dire, par exemple, qui de la poule ou de l’œuf est arrivé le premier.

 

Avec des vraies poules ?

Je ne le dis pas (rires). Mais il va y avoir une origine chorégraphique, une origine de mouvement.

 

Y’aura-t-il de la musique ?

A l’heure actuelle, je peux dire qu’elle sera en partie live. C’est une forme avec beaucoup de commencements et de fins qui vont se croiser. Je pense qu’il y aura un travail de boucles musicales faites en direct, lancées, arrêtes, superposées.

 

Puisque vous dites que c’est le regard qui définit ce qui est montré, accordez-vous une attention au regard du spectateur pour observer s’il est perdu, déplacé, comment ce que vous proposez opère sur lui?

Non pas spécialement. Une fois la chose faite, chacun le prend à sa façon et ce que j’aime est plutôt de soulever des questions de perceptions différentes (c’est quoi l’histoire de notre présence ici, la gestion, la surveillance des personnes…), comment échapper à quelque chose. Mais j’aime que les gens témoignent de ce qu’ils ont vu et j’espère surtout qu’ils voient des choses que je n’ai même pas imaginé. J’ai envie de rester curieux. C’est ce que je me souhaite en création : me surprendre moi-même avant de surprendre les gens. Je ne suis pas à leur place. Il est, je crois, très important que l’artiste s’affranchisse du regard du public même s’il sait qu’il le fait pour eux.

 

Est-ce différent de d’habitude de travailler en cette année chamboulée ? Est-ce que cette crise infuse dans votre travail ?

Tout produit quelque chose. On traverse le monde imbibé de façon plus ou moins intense. Mais si je parle spécifiquement de cette année, à mon échelle, je me suis fait, il y a quelques années, un atelier pour m’immerger donc ça ne m’a pas bouleversé car je travaille chaque jour dans ce lieu. Bien sûr, je suis concerné, je me renseigne mais je travaille vraiment chez moi. Et je ne veux pas être gagné par le pessimisme.

Mais est-ce que ça agrandit votre responsabilité en tant qu’artiste de savoir que certains spectateurs vont revenir dans un lieu culturel en voyant votre travail ?

Non. Je ne suis pas psychiatre ou soignant. Je ne vais pas soigner. L’artiste fait juste témoignage d’un autre regard et c’est en ça que ça peut être joyeux et vivifiant. L’artiste peut changer le regard sur le monde et donc un peu le monde mais il n’a pas de mission. Il est politique par son regard et sa sensibilité mais il n’est pas dans l’appareillage politique.

Je fais ce que je peux faire (rire), ce que je sais je sais faire.

 

Vous allez évoluer en petite jauge (20 spectateurs) mais vous expérimentez ce format bien avant que la crise sanitaire y oblige. Qu’est-ce qui vous plait dans ce format spécifique ?

Depuis quelques années, je trouve que certaines salles sont hors d’une proportion que je considérerai humaine. Et du coup, je ne vais plus voir des spectacles avec des foules et des écrans où l’artiste est en tout petit sur une vidéo – pour prendre un exemple extrême. Vis-à-vis de ma sensibilité, j’avais envie de parler à très peu de spectateurs. Ça date de 2013 avec Dérives qui été fait pour 15 personnes. Depuis je n’ai eu de cesse de mettre les spectateurs dans des tous petits espaces. C’est aussi pour faire un peu barrière au « tourisme culturel ». Et ce n’est pas pour faire de l’élitisme car, pour que ça ne soit pas réduit à un trop petit nombre, je joue la pièce jusqu’à dix fois par jour. Ça me fait de bonnes journées (rires).

 

 

 

 

 

 

 

 

Conception, réalisation & exécution : Denis Mariotte
En collaboration avec Véronique Petit, Gérald Groult et Marcel Mariotte

Avec le soutien de la Compagnie FV et de Maxime Moczulski