Benjamin Villemagne et Raphaël Gouisset

CGU

Théâtre / Performance / Arts numériques / Création

Dans le cadre de Never Complain, Never Explain

Google, Apple, Facebook et Amazon sont aujourd’hui les nouveaux maîtres du monde et tirent les ficelles de nos vies à grand renfort d’algorithmes. Si ces start-up créées dans un garage font la loi sur le Net et sont devenues plus puissantes que des États, c’est que notre asservissement volontaire leur a donné les pleins pouvoirs.
N’avons-nous pas en effet tous accepté leur Conditions Générales d’Utilisation (C.G.U.) ?
Les avons-nous seulement lues ?

Performance à la croisée du Net Art et du théâtre, CGU nous plonge dans les arcanes du Net et pose la question de notre pacte avec les GAFA.

Plus d’information sur lesparticules.org.

Conception : Conception : Raphaël Gouisset, Benjamin Villemagne
Interprétation : Raphaël Gouisset, Benjamin Villemagne et un invité mystère
Regards extérieurs : Valérie Cordy et Nicolas Ramond
Création lumière, régie générale : Benoit Bregeault
Régie de tournée : Arianna Thöni
Production et diffusion : Nicolas Ligeon
Diffusion : Émilie Briglia

Aide à la production : DRAC Auvergne-Rhône-Alpes, Conseil Départemental de la Loire, Ville de Saint-Etienne

Coproductions : Les Subsistances (Lyon) / le Théâtre Dijon Bourgogne, CDN de Dijon / le théâtre de La Manufacture, CDN de Nancy Lorraine / l’Espace Albert Camus (Le Chambon-Feugerolles)

Soutiens : Collectif Les Particules, Labo NRV (Lyon), Lavoir Public (Lyon), CCO (Villeurbanne)

Les géants du Web posent leurs conditions

Les GAFA… Un mot qui fait maintenant partie du langage quotidien. Les GAFA… des sortes de puissants géants, toujours souriants, auxquels nous aurions confié nos vies. Des géants algorithmiques qui nous promettent des lendemains qui chantent. Des géants qui, délicatement, nous sucent la moelle, aspirant toutes nos données. Des géants aussi puissants que des États.

GAFA, pour Google, Amazon, Facebook et Apple. Certains rajoutent Microsoft, alors GAFA devient GAFAM, mais le terme a eu moins de succès. Nous, nous utiliserons le mot GAFA. Nous pourrions rajouter Yahoo, LinkedIn, Deezer, Netflix, Twitter, Snapchat, Chaturbate, Spotify, etc. GAFA deviendrait alors GAFAMYLDNTSCS, mais nous aurions des problèmes de prononciation. Les GAFA, c’est bien connu, sont toutes des entreprises privées américaines. Ils parviennent aujourd’hui à façonner le Web (presque) comme ils l’entendent. Presque, parce qu’il reste encore un peu de service public et, comme dans Star Wars, quelques rebelles au fond de la Galaxie.

Mais attention, si ces GAFA font la loi sur Internet c’est parce que nous leur avons donné notre accord. Nous avons signé leurs Conditions Générales d’Utilisation (CGU) et leurs Règles de Confidentialité. Nous avons cliqué sur le bouton « oui j’accepte ». Mais soyons honnêtes : les avons-nous lues ces CGU et ces Règles de Confidentialité ? Non. Nous ne les avons pas lues.

Pourtant ne dit-on pas « nul n’est censé ignorer la loi » ? Et si ce sont les GAFA qui écrivent les lois du Web, alors pour l’internaute, ce « nul n’est censé ignorer la loi » ne se transforme t-il pas en « nul n’est censé ignorer les CGU »?

Faire entendre aux spectateurs l’entièreté des CGU des GAFA sans que personne ne s’ennuie !

Chacun le sait, tous ces documents sont réellement assommants et les placer sur la scène s’avère compliqué. Mais c’est un challenge, et nous aimons les challenges. Aussi nous préférons avertir en amont : nous ne plaçons aucune limite dramatique et encore moins déontologique pour faire entendre ces textes. Utilisation éhontée de GIF de chatons larmoyants, représentations de mindmappings pseudo intelligents, voire séquestration du public jusqu’à la fin de la performance… La fin justifie les moyens. À travers une approche joyeuse et – disons-le – faussement naïve, nous nous accrocherons coûte que coûte à ce simple but : lire ou réciter les CGU de A a Z sans que personne ne pique du nez ! Toute la performance se situe là !

Le consentement et notre pratique quotidienne du Web

Travailler le sujet des GAFA est pour nous un acte d’interrogation citoyenne sur notre soumission consentemente (ou non) à ces monstres de l’Internet. Mais c’est aussi un acte d’interrogation sur notre rapport à la vie privée et à nos données personnelles. Une possibilité offerte de se responsabiliser de nouveau. Ce thème du consentement se retrouve développé sur deux axes :

  1. Le consentement du public : celui-ci consent à venir « souffrir », il sait qu’il vient « écouter » un texte juridique rébarbatif. Mais il sait qu’il le fait pour son bien ! Dans ce cadre-la nous faisons d’ailleurs signer au public nos propres CGU afin qu’il s’engage à suivre notre performance jusqu’au bout !
  2. Le consentement du performer : le thème du consentement est aussi transposé à travers le rapport que Benjamin et Raphaël développent en jeu. Celui qui délivre le texte des CGU consent à être l’outil de l’autre, toujours dans le but de capter sans cesse l’attention du public.

La rencontre entre culture numérique et art vivant

Avec CGU, Benjamin et Raphaël poursuivent leurs explorations de l’utilisation d’Internet sur scène. Le projet est aussi une réflexion formelle sur la manière de faire cohabiter théâtre et arts visuels numériques (data-graphisme, Gif, navigation Internet en direct et monstration d’interfaces web connues). Enfin, le projet CGU propose une mise en abime de son propre fond et de sa propre forme. Il est par nature générateur de sens et de contresens. Pour une performance critique sur les CGU de Google, nous utiliserons les services de Google… Les GAFA deviennent matières à réflexion et outils artistiques.

Raphaël Gouisset

Raphaël est performer, comédien et metteur en scène (diplômé du Conservatoire de Villeurbanne et de l’Université Lyon 2 en Art du Spectacles). Aujourd’hui, au sein du Collectif Les Particules, il crée des mondes dans lesquels il peut évoluer. Adepte de désossage d’ordinateurs et d’errances sans fin sur le Net, il fabrique du théâtre numérique. Ou du numérique théâtral. Peu importe. Raphaël explore les possibilités d’intégrer le web à l’art vivant et donne à ce média une place prépondérante dans sa dramaturgie : You Me Our Love and the Electronic Guy (théatre et téléprésence), Worldwidewestern (western numérique) et Robots (conférence-spectacle sur la robotique). Sa prochaine création intitulée Je ne suis pas un astronaute sera coproduite par la Manufacture, CDN de Nancy Lorraine (artiste associé de 2018 à 2020).

Benjamin Villemagne

Diplômé de l’école nationale supérieure d’art dramatique de la Comédie de Saint-Étienne, Benjamin Villemagne travaille en tant que comédien avec Christian Taponnard, Eric Massé, François Rancillac, Richard Brunel, Cécile Vernet, Joël Pommerat. Il est également metteur en scène au sein de sa compagnie, La Quincaillerie Moderne. Ses créations ont comme univers le graffiti, les cultures numériques ou encore le hip-hop. Ses projets sont régulièrement soutenus par la DRAC et la Région Auvergne-Rhône-Alpes, le département de la Loire, les CDN de Valence, Saint-Étienne.