Étape de création

Anne Corté
Théâtre / Performance

« Un homme. Une femme.
Un laboratoire domestique semi-professionnel.
Iles discutent de leurs relations aux toxiques.
Iles ont l’air de savoir s’aimer.
Iles font de leur intimité un vaste champ d’expérimentation.
Elle synthétise un sédatif et un stimulant, il l’aide.
Iles assument leur part dans la fabrique de l’empoisonnement.
Iles y voient quelque chose d’existentiel.
Iles connaissent bien la chimie qui les compose.
Chacune de ses modifications est un évènement. Vague hormonale et rail de coke, un rien les amuse.
Iles s’arrêtent sur des détails comportementaux de notre chimie humaine ou de leur intimité.
Tout devient moléculaire : sujétions, inhibitions, compensations.
Ça leur donne des idées. »

Ces personnages ont une moralité douteuse. La femme endosse la responsabilité scientifique et délictuelle. Elle s’empare d’un privilège : intruser la chimie de ses contemporains. Il aimerait bien qu’elle arrête. Je travaille à ce que l’enthousiasme de ces personnages à l’intoxication, la lucidité qui traverse leurs moeurs expérimentales et l’inventivité de leurs hypothèses de futurs nous parle de notre capacité à transformer nos consommations et équilibrer nos relations.

En ce printemps 2021, l’objectif de ma demande de résidence est une première étape au plateau pour répondre à la question : quel âge ont iles ? Trente-cinq ou soixante-dix ? Les premiers materiaux du spectacle pose la question de la génération en jeu. Mes parents ou moi ? Deux regards différents sur l’entrain à l’empoisonnement et la responsabilité de la production de toxiques.

Anne Corté fabrique des spectacles comme on prépare des surprises. Elle commence la performance par des collages sociologiques baroques et sportifs puis vend son premier spectacle en 2011, une partition de passants, le début d’une série expérientielle où la place du spectateur est partie intégrante du sujet de la pièce. S’en suit une réaction en chaine verticale d’ouvriers cordistes, un duo avec un dindon vivant, une centaine de performances de poétesse jackass, un bal de fantôme où une partie des spectateurs est invitée sur scène à expérimenter la mort.

Puis vient Autokèn, texte lauréat de l’aide à la création d’ARTCENA en 2019, présenté au Festival actoral19 dans le cadre de l’Objet des mots, en partenariat avec la Sacd. La version plateau d’Autokèn sera créée les 30 septembre, 1er et 2 octobre à l’IMMS dans le cadre du Festival actoral21. Anne Corté écrit une nouvelle pièce intitulée Chimie, dont la création est prévue en 2022.

Ses spectacles ont en commun une fascination pour les multiples qui constituent le réel et un certain type d’humour, entre malaise et tendresse.