Grand témoin : Cédric Charron / Jan fabre

Rencontre / Discussion

Interpréter, parler pour ou parler avec ?

Conférence dans le cadre du festival Le MOI de la danse avec François Frimat, philosophe de la danse.

Pour le festival Le MOI de la danse, Les Subsistances invite un Grand Témoin, Cédric Charron, interprète de Jan Fabre. Qui suis-je quand je danse ou quand je fais danser ? Quelle est mon identité ? Quelle est ma singularité ? Comment s’est-elle construite ?

Dans des œuvres d’artistes aussi intenses et intimes que celles de Jan Fabre comment se noue le lien entre l’interprète et le directeur d’acteur, le chorégraphe. Comment se construit la collaboration, quels sont les termes de l’échange ?  Cédric Charron est devenu danseur avec Jan Fabre avec qui il collabore intensivement. Il a commencé à travailler avec lui en 1999, avec la production As Long As the World Needs a Warrior’s Soul. Plus tard, il a également interprété d’autres œuvres de Fabre telles que Je suis sang, Tannhäuser, The Crying Body, History of Tears, Orgy of Tolerance, Prometheus Landscape II et Mount Olympus. Comment se voit-il dans ce lien avec le chorégraphe ? Surface de révélation ou co-auteur ?

Homme de théâtre

Fin des années soixante-dix, le jeune Jan Fabre défraie la chronique avec ses Money performances où il brûle des liasses de billets que le public lui prête en bonne foi pour créer des dessins avec les cendres ainsi obtenues. En 1982, il pose avec C’est du théâtre comme c’était à espérer et à prévoir une bombe à fragmentation qui ébranle les fondations du théâtre de l’époque.
Deux ans plus tard, il est invité à participer à la Biennale de Venise où il persiste et signe avec Le Pouvoir des folies théâtrales. Ces deux œuvres entrent dans les annales du théâtre contemporain et font le tour du monde. Depuis, Fabre s’est taillé une place parmi les artistes les plus multidisciplinaires de la scène artistique internationale. Il rompt avec les canons du théâtre classique en y introduisant des « real time performances » – qu’il qualifie parfois d’installations vivantes – et explore les possibilités chorégraphiques radicales pour revisiter la danse traditionnelle.
Jan Fabre (né à Anvers, en 1958) est connu, tant en Belgique qu’à l’étranger, pour être l’un des artistes les plus d’avant-garde et protéiformes de sa génération. Depuis 30 ans, il se distingue en tant qu’homme de théâtre, auteur et artiste plasticien. Quel que soit le genre qu’il aborde, il en déplace systématiquement les frontières.

Auteur

Au début des années soixante-dix, Jan Fabre se met à écrire pour consigner ses idées qui sont déjà le fruit d’une imagination débridée. D’autres textes voient le jour durant le processus de répétitions. Il s’agit de textes entièrement improvisés par les acteurs ou d’un mélange de textes d’auteur et d’improvisations.D’autres encore consistent en des monologues, souvent écrits pour Els Deceukelier, son actrice fétiche. Ou en des dialogues aux allures de monologues car dans les œuvres théâtrales de Fabre, rares sont les répliques et anecdotes réalistes. Ses textes sont plutôt conceptuels et poétiques. Ils s’articulent autour de rituels primitifs et de thèmes qui fascinent leur auteur, de questions philosophiques qui l’obsèdent. Mais ils respirent aussi la violence et la joie que procure une vie vécue pleinement, le vécu à géométrie variable de la beauté, de l’érotisme et de la fête qui transportent Fabre d’un extrême à l’autre. Les œuvres littéraires de Jan Fabre trahissent également sa conception du théâtre. Pour lui, le théâtre est une œuvre d’art intégrale dans laquelle le mot occupe une place fonctionnelle mûrement réfléchie aux côtés de la danse, de la musique, du chant, de la performance et de l’improvisation. La sobriété avec laquelle Fabre use du médium « texte » induit une autre approche du théâtre. Les metteurs en scène qui, ces dernières années, ont été de plus en plus nombreux à porter ses textes à la scène le confirment : les textes de Fabre sont réfractaires à toute distillation théâtrale traditionnelle.

Plasticien

Angelos : cette structure se charge de l’orchestration de l’ensemble des projets d’art plastique de Jan Fabre : des expositions dans des musées ou galeries d’art aux commandes émanant du secteur privé ou public en passant par la publication de catalogues et d’éditions. Angelos produit également les films de Fabre et coordonne ses performances. Autrement dit, Angelos est le porte-parole de Fabre dans tout ce qui est contacts avec les musées, salons d’art contemporains, galeries, commissaires d’expositions freelance, éditeurs, collectionneurs et journalistes.

Cédric Charron est né en Bretagne, en France. Il a d’abord terminé sa maîtrise en économie et sciences politiques à Rennes et a décidé en 1997 d’étudier l’interprétation et la danse à P.A.R.T.S à Bruxelles. Il a commencé à travailler avec Jan Fabre en 1999, avec la production As Long As the World Needs a Warrior’s Soul. Plus tard, il a également interprété d’autres des œuvres de Fabre telles que Je suis sang, Tannhäuser, The Crying Body, History of Tears, Orgy of Tolerance et Prometheus Landscape II. Il a également collaboré à Preparatio Mortis, un solo pour Annabelle Chambon et il danse dans le film de Pierre Coulibeuf Les Guerriers de la beauté. Cédric Charron fait partie du projet de 24 heures de Jan Fabre Mount Olympus en 2015. Outre son travail avec Fabre, il a fondé le label Cedana, avec Annabelle Chambon et a collaboré avec des artistes tels que Boris Charmatz, William Forsythe, Thierry de Mey, Michèle Anne de Mey, Fatou Traoré, Filip Sangdor.