Youness Aboulakoul

Du 21 février eu 1er mars 2022

Youness Aboulakoul est accueilli  en résidence aux SUBS pour son projet Mille Miles.

Né à Casablanca, Youness Aboulakoul vit et travaille à Paris. Interprète depuis l’âge de 16 ans, il se forme au hip-hop comme aux danses folkloriques marocaines et à la danse contemporaine au Conservatoire de Casablanca. Depuis, il multiplie les expériences chorégraphiques, collaborant avec des artistes marocains et européens tels qu’Olivier Dubois, Radhouane El Meddeb, Ramon Baeza, Rosa Sanchez & Alain Baumann, Khalid Benghrib, Filipe Lourenco, Bernardo Montet, ou encore Christian Rizzo…
Depuis 2010, Il crée son premier projet duo Logos (2010), puis le duo Les Architectes (2018) en collaboration avec le chorégraphe et l’artiste visuel Youness Atbane, et encore le solo Today is a Beautiful Day créé le 14 Novembre 2019 à Utrecht. Youness Aboulakoul est également concepteur de son. Passionné par la musique électronique, ses compositions puisent leur inspiration dans la richesse de la musique marocaine et dans les sonorités de l’univers électro, mélangeant ces deux sources d’inspiration afin de développer son propre univers sonore. En tant que compositeur de musique électronique, Youness Aboulakoul signe la musique originale de plusieurs pièces chorégraphiques et cinématographiques, parmi lesquelles Les Sauvages de Sylvère Lamotte (2017)
et Les Architectes (2018). En tant que chorégraphe, performeur et musicien, Youness Aboulakoul porte un intérêt particulier au dialogue entre les disciplines artistiques, en favorisant le décloisonnement des pratiques entre les arts performatifs, visuels et sonores. Cette vision plurielle de la création contribue à repousser les frontières de la danse contemporaine et à permettre l’émergence de nouvelles formes d’expression artistique.

Dans le prolongement d’un premier solo Today Is a Beautiful Day, Youness Aboulakoulpoursuit sa réflexion chorégraphique sur les manières dont la violence affecte les corps et résonne en eux. Sa danse éprouve la façon dont la violence s’incarne et se rend physiquement présente : source de détermination ou cause de traumatisme, quelles traces laisse-t-elle dans la mémoire de nos chairs ? Comment la brutalité mobilise-t-elle l’espace dans lequel elle s’exprime ? Par quels moyens y résister, et quels corps enfin cette résistance crée-t-elle ? Alors que l’esthétisation de la violence produit les conditions d’une habituation, voire d’une anesthésie, qui coupe court à tout réflexe critique, le chorégraphe tend ici à re-sensibiliser le public à la question en livrant une vision toute en contraste.
Ce second projet, et première pièce de groupe, entend prolonger ces intentions théoriques sans pour autant s’affirmer comme une « suite ». Mille miles se concentre ainsi sur la notion de frontière et sur sa capacité première à générer des conflits, des tensions, des oppositions. Youness Aboulakoul envisage la limite frontalière dans ses dimensions physiques, symboliques et imaginaires pour en souligner toutes les ambivalences. Ligne de démarcation ou seuil de transgression, elle contient en effet autant qu’elle repousse, protège autant qu’elle exclut, autorise la traversée autant qu’elle interdit le franchissement.
Elle est à la fois visible et invisible, tangible et insaisissable, marquée au sol et inscrite dans les esprits. Ces paradoxes sont d’autant plus appuyés ici que le chorégraphe veut en souligner l’actualité, alors que la frontière devient à l’heure des mouvements migratoires de masse un enjeu politique, social et culturel de premier plan. Si on la considère comme un horizon, ou une ligne imaginaire qui se déplace à mesure que l’on bouge, la frontière est un objet qui se prête naturellement à création. Lieu transitoire par excellence, qui organise le passage d’un territoire à l’autre, elle ouvre sur un inconnu propice aux rêves, aux fantasmes et aux projections psychologiques. Elle représente également un interdit potentiellement anxiogène, source de peurs ou de méfiance, et peut devenir l’instrument de tous les replis sur soi. A la fois condition d’ouverture et moyen de fermeture, outil de liaison et de division, la frontière peut être comparée à l’espace synaptique, un espace intermédiaire et dans une certaine mesure indéterminé, où tout peut être inventé.
A la frontière, le temps et l’espace prennent également une nouvelle forme. Ils y sont comme suspendus, on y évolue comme sur un fil.

Concept, chorégraphie : Youness Aboulakoul
Media design : Jéronimo Roé
Création lumière : (en cours)
Création sonore : Zouheir Atbane
Danseurs : Yassine Aboulakoul, Alexandre Bachelard, Gaspard Guilbert, Yannick Hugron, Jean-Yves Phuong
Production : Cie Ayoun