AU XVIIÈME, LE COUVENT STE MARIE DES CHAÎNES
Enchâssé entre la colline de la Croix-Rousse et celle de Fourvière, le quartier Serin bénéficie d’une position stratégique. Facile à défendre, il marque l’Entrée Nord de Lyon. Pour bloquer l’accès à la ville la nuit, les douaniers tendaient un peu en amont une chaîne en travers de la Saône, une autre barrant le passage au Sud, au niveau de St-Georges. Le fleuve donnait lieu à toutes sortes de récits fantastiques comme celui de la Machecroute qui a traversé les siècles. Cette sorte de dragon aquatique était supposé être à l’origine des nombreuses inondations que la ville subit : l’animal était si gros, qu’un seul coup de sa queue suffisait à faire monter les eaux. Une stèle à l’entrée du restaurant, côté rue, indique le niveau d’une crue de 1840.
En 1640, les visitandines, soeurs de l’ordre de la Visitation, acquièrent le terrain et font construire un petit cloître, à l’emplacement de l’actuel restaurant, ainsi qu’une église le long des grilles qui séparent aujourd’hui le site des quais. L’ensemble forme le couvent Ste-Marie des Chaînes. La location des vastes terrains alentours ainsi que la production des vignes et des vergers qui entouraient le cloître permettent aux soeurs une vie confortable. C’est un couvent prospère, qui compte jusqu’à 70 personnes, dont une majorité de jeunes filles de familles aisées. À partir de 1700, le couvent connaît des difficultés financières. Les jeunes filles de bonne famille continuent pourtant d’affluer et devant le manque de place, la mère supérieure, Soeur Sépharique d’Honoraty, décide de faire construire un couvent plus important.
La légende veut qu'avant le début du chantier, elle ait déclaré ceci : “pour rédimer nos dépenses, nous nous passerons d'architecte. Je ferai les plans moi-même, et que le Bon Dieu nous patafiole si nous n'y arrivons point !". Ce nouveau bâtiment s'écroule rapidement puis est reconstruit à grands frais. Au final, un quart du projet est réalisé, lorsque le couvent est déclaré propriété nationale en 1789. En 1791, les nonnes, chassées par la Révolution et l’arrivée de la guillotine à Lyon, quittent définitivement le site.