Les subsistances

Laboratoire international
de création artistique - Lyon
Théâtre / Danse /
Cirque / Musique

Les subsistances

Laboratoire international
de création artistique – Lyon

Archives - Saison 2015 - 2016
Pr Programmation

Association Arsène

Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs TRANCHE N°5

Du 26 au 29 novembre 2015

Performance / Théâtre

ananas-r-etienne-item

Présentation

Odile Darbelley et Michel Jacquelin fabricants de spectacles, d’art et d’idées, poursuivent depuis plusieurs années leur monographie sur l’art tangent : un monde parallèle entre Marcel Duchamp et Pierre Dac où la réalité nourrit la fiction… et inversement. Nous ne pouvons connaître le goût de l’ananas par le récit des voyageurs est une série théâtrale autour de l’autobiographie et de l’autofiction. Dans une grande bulle transparente, cocon, couveuse ou lieu de projection physique et mentale, un penseur ou un artiste est invité à inventer une forme spectaculaire pour raconter sa vie et son œuvre.
Partant du principe que “l’on n’est jamais mieux servi que par soi-même” et qu’ “autant le faire tant qu’on est vivant”. Ici, pour la TRANCHE N°5, c’est la philosophe Vinciane Despret, qui se raconte. D’éthologue, c’est-à-dire spécialiste du comportement des animaux, elle en est tout naturellement venue à s’intéresser aux humains. Sous la loupe drôlissime des Darbelley / Jacquelin, elle transmet sa vie et son expérience. Et complices, ils tentent la joyeuse aventure de la transmission de pensée tangente.

Distribution

Réalisation : Odile Darbelley, Michel Jacquelin
Avec : Odile Darbelley, Vinciane Despret, Pierre-Olivier Dittmar, Léandre Garcia-Lamolla, Michel Jacquelin et avec la participation de Jacques Lizène.
Régie générale :
Léandre Garcia Lamolla.
Régie son : Florian Ponçon.
Production du projet :
Scène Nationale 61, CCAM Scène Nationale de Vandoeuvre-lès-Nancy, Théâtre des Bernardines, FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur, Studio Théâtre de Vitry. Production de la Tranche n°5 : Association Arsène, Les Subsistances – Lyon, Fondation Professeur Swedenborg pour l’art Contemporain.
L’Association Arsène est conventionnée par la DRAC Alsace.
Remerciements au Théâtre National de l’Odéon, à Arnaud Carbonnier, Léo Duquesne, Primo Gramaglia, Pauline Jacquelin, Alain Tixier et Jean-François Thomelin.

Pour cette création, L’Association Arsène a été accueillie en résidence aux Subsistances en novembre 2015.

Note d’intention

Dans ce projet, nous proposons à des personnalités bien réelles, venant d’horizons divers, d’être l’élément moteur dans l’élaboration d’une série de performances théâtrales, entre autobiographie et autofiction. Une bulle gonflable transparente est donnée comme espace de création et de recherche, à la fois cocon, loupe, lieu de projection physique et mentale.

L’invitée de cette cinquième tranche est Vinciane Despret. Ses études de philosophie se sont achevées par un mémoire autour de l’œuvre de Michel Tournier. Elle découvre avec celui-ci ce qui deviendra la question qui animera son travail jusqu’à aujourd’hui : la possibilité des événements de sécréter de multiples narrations. Ce qui veut dire que si nous ne sommes pas les véritables auteurs de ces dernières, nous revient la charge d’aider ces histoires à venir à l’existence et, surtout, de créer les conditions de leur coexistence.

Elle suivra donc la vie des histoires par le chemin des animaux. Elle diagnostiquera les changements de ces pratiques au cours de ces dernières années, et la progressive métamorphose de nos rapports avec les animaux et des histoires qu’ils nous font créer (Quand le loup habitera avec l’agneau; Que diraient les animaux… si on leur posait les bonnes questions ?).

C’est à cette époque qu’une autre enquête s’impose, avec un constat familier, et toujours les mêmes questions : les défunts font de ceux qui décident de ne pas rompre le fil de la relation de fabuleux fabricateurs de récits. Elle écoute, lit, rencontre tous ceux qui, ayant perdu un proche, se sont sentis appelés à poursuivre une histoire qui aurait pu s’interrompre.

Association Arsène.

Parcours

Odile Darbelley et Michel Jacquelin réalisent ensemble, à partir de 1992, plusieurs formes mêlant spectacle, performance et exposition, autour du personnage de Duchamp Duchamp, faux frère de Marcel Duchamp. Ils réalisent un triptyque : Un lièvre qui a des ailes est un autre animal (Festival d’Avignon 2001). Ils créent en 2003 au Théâtre du Rond Point Tout seul je ne suis pas assez nombreux, une séance de stage avec le Contemporary Poussiv’Dance Group. Ils imaginent Le Grand Feuilleton, forme théâtrale en 5 épisodes mettant en scène un groupe de plasticiens au travail dans les coulisses d’une représentation : Festival d’Avignon 2003 et Festival d’Automne 2003, Théâtre Garonne, CDDB 2004. Tout le bonheur est à l’intérieur, dispositif pour une télévision d’art et essai est créé en 2006. Avec le concept de l’Art Tangent, ils fabriquent une histoire de l’art qui est en elle-même une œuvre d’art. La performance Go between (Festival d’Avignon 2005/25ème heure) en est la première manifestation publique. “L’Art Tangent“ s’est développé en 2007-2008 à travers des activations/ expositions (Frac Alsace, Frac Lorraine, Frac PACA et CCAM de Vandoeuvre-lès-Nancy). Les activations étant des propositions de théâtre d’intervention en milieu muséal. A l’occasion de Marseille Capitale Européenne de la culture 2013, l’Art Tangent en valise propose et prolonge, dans une version en réduction, ce projet. En 2009, ils créent aux Subsistances Ur Asamlet, un “Hamlet“ primitif Åsa, “Hamlet“ avant Shakespeare, une manière de faire se croiser un classique et leur univers fictif. Cette réflexion sur le répertoire se poursuivra (avril-juin 2009) dans un travail autour de “Woyzeck“ avec les étudiants de l’HETSR (Lausanne) et de l’HEAD (Genève). Ils créent en 2011 au TGP de Frouard et à la SN 61 Projet Floquet, titre provisoire, en hommage à l’artiste Gaston Floquet.

Vinciane Despret est philosophe, elle enseigne à l’Université de Liège et à l’Université libre de Bruxelles. Elle a principalement travaillé sur les savoirs à propos des animaux, domaine dans lequel elle a publié quelques livres dont Naissance d’une théorie éthologique ; Quand le loup habitera avec l’agneau ; Hans le cheval qui savait compter ; Penser comme un rat ; Que diraient les animaux si on leur posait les bonnes questions ? chez les Empêcheurs de penser en rond, ainsi que Bêtes et Hommes chez Gallimard et, en collaboration avec Jocelyne Porcher, Être bête, chez Actes Sud. Elle a été commissaire de l’exposition Bêtes et Hommes à la Grande Halle de la Villette en 2007-2008. Elle a également écrit avec Isabelle Stengers Les faiseuses d’histoires. Que font les femmes à la pensée ?, chez les Empêcheurs de penser en rond. Ses recherches l’ont également orientée dans le domaine de la psychologie des émotions (Ces émotions qui nous fabriquent. Ethnopsychologie des émotions). Depuis quelques années, elle s’intéresse aux relations que nous entretenons avec les défunts, sujet sur lequel elle a publié quelques articles. Un livre sur ce sujet, Au bonheur des morts. Récits de ceux qui restent (La Découverte, 2015) vient de paraître.

Interviews

Interview avec Odile Darbelley et Michel Jacquelin

Quel est le sujet de ce spectacle ?
L’idée est de proposer à des personnes qui nous intéressent pour des raisons diverses de trouver avec nous une forme spectaculaire pour parler de leur expérience « de vie ». Qu’ils soient musiciens, cinéastes ou philosophes, il s’agit de tenter de raconter avec eux, là où ils en sont et ce qui les a façonnés.

Vous pouvez donner un exemple ?
Par exemple Vinciane Despret, notre invitée pour cette 5ème tranche de notre ananas, a croisé des artistes et en particulier Jacques Lizène, qui est un formidable zozo belge. On a rencontré Jacques Lizène pour le travail. Vinciane a retrouvé sa trace… et donc on essaye de chercher à mettre en relation le cheminement qui, depuis de cette expérience très particulière et d’autres a permis, parfois par des chemins de traverses, à Vinciane de construire sa pensée de philosophe.

Comment se construit le spectacle, l’invité fait le comédien ?
Cela dépend dans quel sens on entend faire le comédien ! Il y a des parties écrites, un ordre préétabli, et à l’intérieur il y a un jeu avec des improvisations. Nous sollicitons l’invité toujours dans le domaine de ses compétences. Nous n’écrivons pas à la place de Vinciane, en revanche nous écrivons notre partition à partir de ses livres et des heures d’entretiens enregistrées avec elle. Il y aura aussi un animal sur le plateau puisqu’elle a décidé de centrer le travail sur la relation aux animaux plutôt que sa recherche plus récente sur la relation aux morts.

Les spectateurs doivent-ils être déjà un peu historiens ?
Non, nous on découvre en travaillant avec nos invités. C’est à partir d’eux que l’on tire les fils. Lorsqu’on rencontre quelqu’un, on part de choses simples, de la conversation, pas d’une approche théorique. Sur le plateau, ce qu’on montre au public, c’est pareil, on essaie de remettre en jeu, de faire expérimenter de façon sensible au spectateur ce qui vient d’être dit. On part du concret de la personne.
La relation au public est aussi intéressante du point de vue théorique. Cela interroge la place du témoin direct dans la fabrication de l’histoire, de l’expérience. C’est une des questions que pose Vinciane Despret à propos de l’éthologie : « comment prendre en compte le point de vue de l’animal ? ». On propose au spectateur de partager une expérience avec l’invité, et en même temps on l’incite, en nous regardant et en nous écoutant, à s’observer, lui-même…

Interview avec Vinciane Despret

Vous êtes universitaire et philosophe, pourquoi avoir accepté d’entrer dans la bulle des Darbelley-Jacquelin ?
J’ai accepté parce que ce qu’on nous propose, à nous universitaires pour sortir du cadre, c’est en général de rester dans le cadre. On nous autorise à faire de petits écarts par rapport à nos manières d’exposer, alors qu’ici il s’agit vraiment de penser ensemble à comment on pense. Il ne s’agit plus d’enseigner ou de dire des choses : ici on essaie de voir comment on peut explorer notre domaine par ses limites.

Passer par le récit de sa vie pour relire sa pensée, lorsqu’on est vivant, c’est une drôle de chose, non ?
Oui, j’ai eu très peur parce que j’avais très peur d’une psychologisation, alors que je ne supporte pas cela. Aujourd’hui, il y a une sorte de routine de la pensée qui passe par la psychologie, et je pense que le passage par la psychologie affaiblit le plus souvent nos puissances de métamorphoses et d’imagination. J’ai donc eu un peu peur, mais c’était ne pas connaître Michel et Odile !

Cette expérience a-t-elle changé votre regard sur votre trajectoire intellectuelle ?
Oui, tout à fait. Pour moi il y avait des choses qui me semblaient relativement anodines et qui, finalement, sont arrivées à point nommé. Je me suis aussi rendu compte que des questions que je posais à l’origine – mais qu’il m’avait semblé avoir laissé tomber en route – avaient totalement subsisté. J’ai enfin réalisé que je cherchais aujourd’hui, toujours à répondre aux mêmes questions qu’au début.

L’appel à de nouvelles sensibilités, c’est le travail que vous menez depuis de années autour des animaux en particulier. Finalement cette liberté de pensée est rare…
Oui, cela m’est apparu à posteriori, mais pour appeler à de nouvelles sensibilités, la liberté était une obligation. Mais cela me fait plaisir lorsqu’on me dit que ma pensée est libre parce que moi je ne vois pas les contraintes. Parce que pour penser que l’on pense librement, il faudrait déjà avoir conscience des contraintes qui vous empêcheraient de le faire… je ne les perçois pas toujours très bien. En général j’ai l’impression de dire ce que tout le monde pense mais qu’il ne fallait pas dire. Je crois qu’il y a une forme d’inconscience très heureuse dans toute cette histoire.

Propos recueillis par Cathy Bouvard en octobre 2015

Autour du spectacle

Chantier – gratuit

> mardi 24 novembre à 19h30
Présentation d’une étape de travail en cours, suivie d’un temps d’échange avec les artistes. En savoir +

Subs-visite – gratuit

> vendredi 27 novembre à 18h00
Visite historique et patrimoniale des Subsistances. En savoir +

Workshop’brunch

> samedi 28 novembre à 10h30
1h30 d’atelier avec l’Association (Théâtre) suivi d’un brunch maison en compagnie de l’artiste.
Tarif : 16 € par personne (workshop + brunch). En savoir +

Partager

Tarifs

10 € / 12 € / 14 €

Dates & horaires

jeu 26 novembre 2015 / 19:30

ven 27 novembre 2015 / 21:30

sam 28 novembre 2015 / 21:15

dim 29 novembre 2015 / 15:15

Téléchargement

Feuille de salle

Dans le cadre du Live de

logo-festival-mode-emploi-subsistances