Quel rapport entretenez-vous avec Hedda Gabler ?Il est double. D'un côté comme Flaubert le disait de Madame Bovary, je pourrais dire : Hedda Gabler c'est moi. Et d'un autre côté, je pourrais dire que ce n'est pas le personnage Hedda Gabler qui m'intéresse, mais l'espace dans lequel il vit. La pièce pose aussi la question de la maison d'Hedda
Gabler, cette maison, cet espace social ou intime dans lequel elle s'enferme, s'interroge, se construit ou se déconstruit. Et c'est cette maison comme image de la société qui m'intéresse... Cette dernière demeure... puisqu'elle va y mourir.
Vous vous attachez souvent à des personnages qui, par leur manièred'être au monde, font exploser les conventions sociales...Oui, cela m'intéresse de m'interroger sur ce que c'est que d'avoir une
place dans un monde social, imaginaire ou politique. Quelle place l'individu
a-t-il dans un monde ? Comment est-elle déterminée, pré-déterminée, comment faut-il prendre cette place ? Comment l'individu lutte-t-il contre la détermination ? Y a t-il un frottement inéluctable entre l'individu et la société à laquelle il participe, de gré ou de force ?
S'attacher à ce type de personnage a-t-il un fondement politique ?Oui, c'est un propos politique, au sens d'une critique de l'état d'un
monde dans lequel les individus ne tiennent pas, ne peuvent pas tenir.
Peut-être parce que moi j'ai parfois l'impression que je ne tiens pas dans le monde tel qu'il est ou tel que je crois me le représenter.
N'est-ce pas une pièce qui raconte une histoire révolue ?Non, une réplique de la pièce me guide pour la monter : “nos légèretés ont trop souvent des conséquences”. Ce rapport là m'intéresse. La rapport entre ce qui est dit et ce qui est fait. Comment ce qui est dit et en phase avec ce qui est fait et quelles exigences peut-on avoir de ces paroles dites. Lorsque l'on dit qu'Hedda est une pièce pleine de sousentendus et de non-dits, je constate au contraire que c'est une pièce où tout est dit. Justement les choses échappent avec monstruosité, méchanceté, rien n'est prémédité. J'ai envie de monter la pièce au présent. La catastrophe vient de ce qui est dans l'instant, qui provoque autre chose. Le fusil était posé là, elle s’en saisit et tire. C'est la mort qui vient à Hedda, ce n'est pas Hedda qui va à la mort. C'est de la pulsion pure qui est en tension permanente avec la volonté.
Richard Brunel, formé à l'École de la Comédie de Saint-Étienne, dirige depuis 1997, la Compagnie Anonyme. En 2003, il a intégré l'Unité Nomade de Formation à la mise en Scène. Il a dernièrement mis en scène “Kasimir et Karoline” d'Horvath, “La tragédie du vengeur” de Cyril Tourneur, “L'infusion” de Pauline Sales, “Gaspard” de Peter Handke et avec la Maîtrise de l'Opéra National de Lyon, “Celui qui dit Oui- Celui qui dit Non” de Brecht et Weill. Depuis juin 2004, il est metteur en scène associé à la Manufacture-Centre Dramatique National de Nancy Lorraine pour une durée de trois ans.
Henrik Ibsen (1828-1906), poète et auteur dramatique norvégien, publie
dès 1848 "Catilina". Peu après, Ibsen devient le directeur artistique et le
poète attitré du théâtre norvégien qui s'ouvre à Bergen. Son théâtre ne
rencontre qu'un succès très limité. En 1864, l'invasion du Danemark par
la Prusse dicte à Ibsen un pamphlet, "Brand", qui obtient un fort succès.
Il est désormais reconnu. Avec "Maison de poupée" (1879) et “Hedda
Gabler” (1880), le théâtre d'Ibsen s'ouvre sur la société européenne de
son temps. La pièce obtient un succès international. Il a également écrit
le roman “Peer Gynt”.
“Hedda Gabler” sera créé au Centre Dramatique National de Besançon (du 17 au 26 janv. 07) avant d'être joué à Nancy, à Angers, à Valence, à Lyon, et au Théâtre National de la Colline à Paris (du 26 mai au 24 juin).
Mise en scène : Richard Brunel.
Avec : David Ayala, Gilette Barbier, Cécile Garcia-Fogel, Laurent Méninger, Grégoire Monsaingeon, Julie Pilod, Frédérique Ruchaud.
Traduction : Michel Vittoz.
Dramaturgie : Catherine Allioud-Nicolas.
Scénographie : Marc Lainé.
Lumière : Mathias Roche.
Costumes : Marie-Frédérique Fillion, Marc Lainé.
Son : en cours.
Plateau : Nicolas Hénault.
Assistante à la mise en scène : Sandrine Lanno.
Administratrice de production : Vanessa Ceroni.
Coproduction : Compagnie Anonyme, Les Subsistances / Lyon / France, Théâtre National de La Colline, Théâtre de La Manufacture Centre Dramatique National Nancy-Lorraine, Nouveau Théâtre de Besançon - CDN de Franche-Comté.
Avec le soutien de la Région Rhône-Alpes.
La Compagnie anonyme est conventionnée par la DRAC Rhône-Alpes et la Région Rhône-Alpes. Subventionnée par la Ville de Saint-Etienne et le Conseil Général de la Loire.